CHAPITRE VI
CONTINUATION DES SPECTACLES A LA SALLE DES VARIÉTÉS DE LA FOIRE ST-GERMAIN
Le refus « motivé « du Maire de Paris, relatif à la construction du Théâtre de MONSIEUR, dans la rue Feydeau, ne fit qu'exciter l'irascibilité, facile à mettre en branle, del signor Viotti.
L'animosité qu'avaient montrée lesComédiens Italiens, lorsqu'il s'était agi de l'Association projetée entre les deux théâtres, la façon hautaine dont ils avaient osé traiter Léonard, ce qui était peu, mais lui, Viotti, le grand, « Villoustre, l'incomparable Viotti », avaient amoncelé dans son âme aigrie, des flots de haine, contre ces « insignes baladins » ; flots qui ne demandaient qu'à déferler.
Or, construire un théâtre rue Feydeau, à quelques pas de ces « pires que rien dou tout », leur créer une concurrence redoutable, les voir s'amoindrir encore, s'effriter, s'effondrer, se disperser pour la pure gloire de l'art suprême, dont lui Viotti se proclamait le grand maître, était le rêve de l'associé rancunier de Léonard. Rêve dont il se mit à poursuivre la réaUsation avec un incroyable acharnement.
D'abord, malgré l'interdiction, il fit commencer les travaux de construction sur les plans qu'il avait commandés depuis longtemps aux deux très habiles architectes MM. Legrand et MoUfios.
Nul doute pour Viotti que Bailly, circonvenu par les Comédiens Italiens, devant le fait accompli, c'est-à-dire le Théâtre entièrement construit, ne se décidât à faibhr ; solhcité qu'il serait àcemoment,parlesplus hautes personnahtés poHtiques.
S'il ne cédait encore, les actionnaires en masse, s'adressera' ent alors au Conseil général de la Commune, lequel, — Viotti n'en doutait pas, — ferait justice de cette inqualifiable partialité.
En effet, au mois de mai, Bailly finit par céder; et Viotti triomphant put annoncer dans les journaux l'ouverture de son nouveau Théâtre pour la fin de l'année 1790. Léonard semblait ne plus compter.
A^^ril 1790. — En attendant, que ces vastes projets se réa- Hsassent, la réouverture du Théâtre de MONSIEUR des Variétés de la Foire St-Germain, eut encore lieu après Pâques, le Lundi 12 ai^ril^ dans la même salle avec la Villanella Rapita, déjà représentée victorieusement.
Pendant la fermeture, parmi les artistes, quelques renvois avaient été faits, quelques remplacements s'étaient effectués, quelques renforts étaient arrivés ; on en attendait encore dans la troupe des Chanteurs et principalement dans celle des Comédiens.
Ainsi la troupe des Chanteurs Itahens s'était vue privée des services de M. Bianchi et de Mmes Giacinta Galli^ Giiérini^ Arma Mafféi^ et enfin de la gentille Marianna Limpérani. Oui ! La pauvre petite Marianna Limpérani^ qui avait joué un rôle si considérable dans l'installation du Théâtre de MM. Léonard Autié et Viotti^ avait été très ingratement et impitoyablement congédiée par ces Messieurs, désireux, courtoisement et vilainement, d'être agréables à MONSIEUR, complètement réconcilié avec MADAME, et entièrement séparé de la gracieuse petite Diva blonde.
Furieuse, la jeune chanteuse voulut crier, faire du tapage, provoquer un scandale, autour de cet inquaUfiable renvo*. Marie-Antoinette, prévenue par Léonard^ avertit son beaufrère « pour l'honneur et le repos de la famille royale ». En sorte que la « povérina » fut tout bonnement expulsée de France, avec, comme indemnité royale, ou simplement princière, une indemnité de 50,000 hvres, qui lui furent comptées par l'entremise particulière de son directeur Léonard.
Les nouveaux acteurs engagés pour les opéras ItaUens,
furent MM. Crémonini, Costa et Mmes Barchielli et Calenacci.
Dans la troupe des Chanteurs Français, l'administration congédia MM. Fleur)/, Deschamps, Chateaufort et Bellemont. Un seul des nouveaux engagés parut sur le tableau de troupe, le sieur Georget.
Du côté des Dames, Mmes Ponteuil, Mignac, Constance, Casai et Rousseloy ne trouvèrent pas grâce devant MM. les administrateurs qui engagèrent Mmes Simonet et Parizot, en leur lieu et place.
Mais, c'est dans la troupe de Comédie Française que s'effectuèrent surtout les plus importants changements.
Furent remerciés : MM. St-Preux, Crétii, Bonamy et Baron ; Mmes Lavigne, Lafond, Ducaire, Verteuil, Puisseretz, Baron et Rémi.
On signala momentanément deuxseuls engagements, celui de M. Villemot, et celui de M. Dufresse. Dufresse mérite une mention spéciale. Lorsque la Patrie fut déclarée en danger, il s'engagea et devint promptement, comme on le devenait alors, Général de brigade ; il commanda l'armée révolutionnaire du département du Nord ; fit bravement les campagnes d'Italie et fut nommé par Napoléon Bonaparte, Gouverneur de Rome et de Naples en 1799.
Puis, l'Empereur le fit Baron. Il combattit en Espagne, et en 1813, défendit, pendant onze mois la place de Stettin en Poméranie.
Pendant les Cent-Jours toujours fidèle à l'Empereur, il commanda la division de Nantes. Les Bourbons le mirent à la retraite.
Simon, Camille Dufresse était né en 1762, à La Rochelle.
Il était assez bon comédien et chantait le couplet très agréablement.
On attendait encore parmi les chanteuses Itahennes, la signora Nava, jeune cantatrice, qui s'était fait remarquer en Itahe ; Mlle Gerbini, qui, à son grand talent de chanteuse, joignait celui de violoniste di primo cartello.
Pour la troupe d'Opéra Français, on avait engagé M. Bel-
mont, une basse-taille renommée en province et une première chanteuse, Mlle Darjer.
Voici, au reste, le tableau de troupe du Théâtre de MON- SIEUR, tel qu'il parut dans VAlmanach général de tous les Spectacles de Paris et des Provinces, de l'année 1790, pour l'année 1791.