A LA FOIRE SAINT-GERMAIN
Le 5 Décembre 1789, à la séance du Bureau de la Ville, c'està-dire quelques jours avant le prononcé de l'expulsion de la Salle des «Thuileries)), il avait été fortement question de la situation faite au Théâtre de MONSIEUR, que l'on savait devoir être sous peu dépossédé de la dite Salle, malgré «l'arrêt du Conseil des Ministres et le Bon illimité du Roi, assurant au sieur Léonard Autié la jouissance de cette salle pendant une durée de trente années. »
Les Entrepreneurs ou Directeurs de ce spectacle, prévenus officieusement, avaient proposé à la Ville de lui acheter ou de lui louer V Hôtel de Massiac^ ancien hôtel de Pomponne, situé place des Victoires, entre la rue des Fossés Montmartre (aujourd'hui rue d'Aboukir) et la rue du Petit Reposoir (devenue rue Pagevin).
Depuis le 28 Août, cet ancien hôtel servait de siège au Cluh des Colons blancs^ «fondé par opposition à la Société des Amis des Noirs. »
MM. Léonard et Viotti eussent fait démohr le vieil hôtel et eussent construit à sa place une belle salle de Théâtre. Telle était leur proposition.
Le Bureau de la Ville repoussa la demande des deux Directeurs.
A cette époque, la Comédie Italienne était criblée de dettes considérables et sur le point même de fermer ses portes.
MU. Clairval et Camérani, du Comité Directorial de ce Théâtre, vinrent proposer à MM. Léonard et Viotti^ une association avec leur troupe. Nos deux associés, tout d'abord, ne repoussèrent pas l'offre qui leur était faite. Des pourparlers s'engagèrent; mais ne tardèrent pas à être rompus devant les exigences et arrogances des Comédiens Italiens, insupportables d'orgueil et de prétentions.
Depuis fort longtemps, Viotti avait remarqué, dans la rue Feydeau, un terrain qui lui semblait propre à la construction d'une Salle de spectacle. Il l'avait désigné à son associé et avec l'acquiescement de ce dernier, ils acquirent le terrain et le droit d'y « construire ce que bon leur semblerait. »
Mais, faire sortir de terre une salle de spectacle demandait beaucoup de temps. Aussi se décidèrent-ils à louer, en attendant et provisoirement, une salle abandonnée de la Foire Saint-Germain, dite salle des Variétés., qu'avait occupée la troupe du Sieur Nicolet.
Jarn>ier 1790. — Le 4 Janvier de la nouvelle année, les journaux annoncèrent :
« Le Public est prévenu qu'en attendant la construction d'une nouvelle salle, l'ouverture provisoire du Théâtre de MONSIEUR se fera incessamment dans V ancienne salle des Variétés., à la Foire Saint-Germain. )>
Cette salle fut louée pour six mois, ferme ; et de mois en mois, passé ce laps.
Le 10 Janvier, tout le quartier, dit de la Foire Saint-Germain, illumina joyeusement en l'honneur de la Troupe de MONSIEUR, qui allait faire revivre ce coin de Paris, désert en dehors de ses foires. Les débuts se firent par la reprise de : // Barbieri di Siçiglia, del Signor Paësiello, précédé d'un comphment d'ouverture dit par M. Saint-Preux.
Voici ce compliment :
« Comme jadis Tithon , rajeunit par l'Am^ore, La troupe de MONSIEUR, déjà vieille d'un an, Sent son cœur se griser et rajeunir encoi e Aux bravos chaleureux d'un Public indulgent.
Les chants de l'Aurore-cigale,
Firent de Tithon un lutteur
D'une vaillance sans égale
Et d'une invincible vigueur. En ce Temple nouveau, nous voulons apparaître Jeunes, forts, courageux et vaillants comme lui ; Nous voulons sous vos yeux de maîtres, vous soumettre Les Maîtres d'autrefois, les Maîtres d'aujourd'hui. Maîtres en l'art du vers, en l'art de la musique, Les Maîtres du Théâtre et de ses agréments,
Maîtres de l'action comique.
De la tragique, avec ses grands emportements. Pour cela que faut-il ? Votre douce indulgence
Apportant ses bravos amis ; De la part des acteurs, bon vouloir, conscience.
Soit !... Messieurs, vous êtes servis. »
Les applaudissements avaient accompagné Saint-Preux courbé en deux, jusqu'à sa sortie de scène. Le rideau baissé avait seul pu interrompre les bravos et la pièce d'il Barhieri di Swiglia avait obtenu le plus grand succès.
Le lendemain, lundi 11 Janvier^ on joua La Molinarella {La petite Meunière). Puis, les représentations de toutes les pièces jouées sur le Théâtre des Tuileries, reprirent leur cours.
Le 25 Janvier eut lieu la première représentation de UEpimènide français., pièce en vers et en un acte, par M. de Riouf.
Une pièce, portant le même titre, avait été jouée précédemment par les acteurs du Théâtre Français, du Palais- Royal <qu'il ne faut pas confondre avec la Comédie-Française, du Faubourg St-Germain, près le Luxembourg). Mais l'œuvre du sieur de Riouf l'emportait de beaucoup comme « aisance, esprit et goût. »
Le Journal de Paris écrivit : « Cette pièce a été reçue avec de grands applaudissements. De l'originalité dans les détails, beaucoup de gaieté et d'esprit, et des vers très piquants. »
« L'auteur n'a pas voulu être nommé, malgré la demande de son nom qu'a faite le public. »
Février 1790. — Le i^^ Février., grande représentation donnée au bénéfice des Pauvres des districts des Carmes et des Petits Augustins
1^ V Epiménide français ;
2^ Intermèdes musicaux et chantants.
M. Viotti se fera entendre sur son violon^ dans un morceau noui^eau de sa composition.
3^ Le Retour de Camille ou Camille dictateur.
La soirée fut très brillante.
Viotti, acclamé, embrassa son violon au milieu des applaudissements.
Le 3 Février, première représentation de : La Buona Figliuola (La Bonne Fille). Musique de M. Puccini. C'était un opéra italien en 3 actes.
Cette pièce avait été déjà traduite en langue française et jouée sur différents théâtres. Aux Italiens elle avait obtenu un très grand succès, en sa langue originale.
Je lis et reproduis Topinion du Journal de Paris sur la pièce, telle qu'elle fut jouée sur le Théâtre de MONSIEUR.
« Dans la Buona Figliuola, presque tous les premiers sujets ont paru. MM. Rovedino, Mengozzi et Raffanelli ont reçu des applaudissements mérités. Mais on doit des éloges particuliers à Mlle Baletti et à M. Viganoni, qui ont obtenu le succès le plus brillant. »
Il est vrai qu'un autre journaliste écrivait de son côté :
« Cette pièce a été mieux jouée que chantée. ))
Le 6 Février, eut heu la première représentation de : Le Valet rival, opéra français en deux actes, paroles de M. Hippolitte, refaites par M. Pariseau, musique del signor Paësiello.
Cet opéra avait déjà été joué et chanté par les acteurs de la troupe de MONSIEUR, alors qu'ils occupaient la salle des Tuileries. Les paroles, ou le sujet, n'en avaient point paru agréables et le pubhc les avait accueillies froidement. Paësiello, désolé de voir tomber dans l'oubli l'une de ses partitions qu'il jugeait de ses meilleures, avait demandé au sieur Pariseau de vouloir bien quelque peu modifier le sujet de la pièce et d'en récrire les paroles. Ce à quoi, M. Pariseau avait aisément consenti, moyennant salaire ; et cette fois, la pièce avait obtenu beaucoup d'applaudissements.
Un critique dit : « Il faut faire trois parts du succès de cet
ouvrage ; une pour M. Hippolitte^ l'inventeur ; une pour M. Paësiello^ le musicien, et une pour M. Pariseau, brochant sur le tout. »
Somme toute, longs et chaleureux bravos pour MM. Vallière et Gavaux, dans les deux principaux rôles du Médecin et du Valet.
Le 7 Février^ les journaux firent paraître cette note, émanant de la direction :
« La représentation donnée au Théâtre de MONSIEUR, le premier de ce mois, au profit des Panières des districts des Carmes et des Petits Augustins^ a produit 2,374 livres et 12 sols ; laquelle somme a été partagée également entre les deux districts et payée par le caissier, hier, 6 février. )>
« La garde du spectacle a renoncé à toute rétribution pour la représentation de ce jour. »
Par ces représentations données au bénéfice des infortunés, les acteurs se faisaient bien venir du pubHc et de la municipahté. Ils semblaient vouloir remercier ainsi l'Assemblée des Représentants, des droits qu'on leur avait accordés de devenir des citoyens comme les autres hommes.
Cependant les affaires ne marchaient pas selon le gré des deux Directeurs dans l'édification du nouveau théâtre qu'ils faisaient construire rue Feydeau.
La municipahté parisienne se mit à s'opposer formellement à l'installation d'un théâtre sur cet emplacement et dans ce quartier.
Le Journal de la Municipalité et des Districts avait fait paraître cette note, à la date du 19 Février :
« Dans la séance du jeudi 11 Février, l'un de MM. les secrétaires a fait lecture d'une lettre de M. le Maire (Bailly) dans laquelle lettre il expose la demande de MM. les Entrepreneurs du Théâtre de MONSIEUR, pour obtenir l'agrément de la commune, sur l'acquisition d'un terrain, rue Feydeau, afin d'y faire construire leur salle de spectacle. La proximité du Théâtre Italien, étabh place Favart, depuis 1783, des raisons de pohce et d'administration font penser à M. le Maire que
plusieurs spectacles ne doivent pas être réunis dans le même quartier d'une ville telle que Paris. »
MM. Viotti et Léonard se trouvaient donc fort ennuyés par cet empêchement, émanant de la Municipalité.
On prétendait que les Italiens étaient pour beaucoup dans cette décision de M. Bailly. Dans ce rapprochement d'un théâtre jouant leur genre, ils voyaient naître une grosse concurrence qu'ils redoutaient fort ; aussi disait-on tout bas que de nombreuses démarches tendancieuses avaient été faites par MM. les Comédiens Italiens auprès du Maire de Paris.
Pendant ce temps, les Spectacles n'en continuaient pas moins dans la salle de la Foire St-Germain.
Le 13 Féi^rier^le Théâtre de MONSIEUR donna la première représentation de : Rosalie, comédie en un acte, en prose, par M. Pariseau.
Les sifflets accompagnèrent vigoureusement le baisser du rideau, et VAlmanach général écrivit : « Cet ouvrage a prouvé que l'auteur le plus accoutumé à cueilhr des roses, rencontre quelquefois des épines. »
Cette comparaison était née d'une interruption du Sieur Pariseau, lequel, voyant de la couHsse sa pièce fort maltraitée, s'était furieusement élancé sur la scène, et avait crié aux siffleurs : « Ce ne sont pas des roses qu'il faut vous servir, ce sont des chardons ! »
Là-dessus, cris, tempête, charivari.
On avait attendu le sieur Pariseau à la sortie des acteurs ; mais il avait prudemment jugé nécessaire de se dérober à la manifestation désagréable qui lui était réservée.
Mars 1790. — Le 8 Mars, première représentation de : Les ruses de Frontin, opéra français, parodié sur la musique del signer Zaccharelli. Cet opéra français, plutôt du domaine de la comédie à chant, était en prose mêlée d'ariettes, et en trois actes. Les paroles avaient été écrites par M. Marchand, la musique par M. Champeix.
La pièce n'obtint pas un très grand succès.
Cependant, le Journal de Paris dit : « Ecrite avec gaieté,
cette pièce a paru amuser les spectateurs, et c'est sans doute le seul but que l'auteur s'est proposé. »
« On doit beaucoup d'éloges à M. Fleury^ pour la manière dont il a joué le rôle de Frontin. Mme Ponteuil a chanté celui à' Eugénie avec cette supériorité qui aj oute au charme de sa voix.»
J'ai dit plus haut que l'affiche portait, comme mention : Opéra français^ parodié sur la musique del signor Zaccharelli.
Le Journal de Paris termine son article en écrivant : « On croit que cette dénomination de Zaccharelli est un peu « mystérieuse » et que le talent de ce musicien est beaucoup plus connu que son nom. >
Le mystère que cherche à dévoiler le journaliste était, à cette époque, cousu de fil blanc ; — en tant qu'un mystère soit susceptible d'être cousu. — M. Chérubini, réconcilié avec Viotti^ apportait souvent à ce dernier des airs qu'il lui demandait d'intercaler dans certains opéras représentés sur le Théâtre de MONSIEUR. Il rajeunissait ainsi les œuvres, donnait du relief à d'autres. UAlmanach des Spectacles dit à ce sujet : « M. Chérubini ajoute souvent à la musique des Pa'ésiello^ des Sarti^ des Cimarosa, des morceaux qui raniment la vigueur de ces grands maîtres ; et les premiers compositeurs d'Italie rendent hommage à un génie dont ils reconnaissent la supériorité. »
M Champeix, compositeur français, très énamouré de sa musique, n'avait pas voulu, lui, endosser la musique du dit « grand maître » et s'était refusé à ce que son nom parût sur l'affiche.
Qu'avait fait l'autoritaire Viotti ? Il avait simplement inventé un nom supposé de compositeur, « il signor Zaccharelli))^ et la musique de l'opéra avait été annoncée comme une parodie de musique italienne.
Chérubini ne signait jamais à côté des compositeurs qu'il dotait de ses inspirations. Mais il signor Viotti^ s'empressait de dire à tout le monde : Cette mousique /à, elle est de mon illoustre ami, il signor Chérubini. )>
Cependant, il y eut une réclamation, adressée au Journal des Spectacles, par M. Zingarelli, l'auteur très applaudi d'Aîi-
îigone, de Carolina e Menzicoff, de Clylemnestre^ etc., etc., en grande faveur à cette époque.
« Je demande, disait-il dans cette réclamation, que le Public ne confonde pas mon nom de Zingarelli pour lequel je travaille depuis 30 ans, avec celui, imaginé, de Zaccharelli ; le premier n'ayant aucun point de comparaison avec le second. »
L'incident n'eut pas d'autre suite.
Le 15 Mars^ première représentation de LaGrotta di Troffonio, opéra italien en 3 actes, héroï-comique, musique del signor Saliéri.
On comptait énormément sur les effets musicaux de cette partition. On se trompa. Beaucoup rejetèrent l'insuccès sur l'insuffisance du libretto ; mais tous reconnurent la supériorité de la musique.
Un folliculaire, qui me semble résumer la pensée de la majorité, écrivit : « La musique est trop grande et trop belle pour la petitesse et la légèreté du libretto. »
Et puis, il y a des compositeurs auxquels leur tempérament musical ne permet pas de faire léger et petit.
Qui pourrait supposer que la partition du Pardon de Ploermel est née des Noces de Jeannette. Gela est pourtant.
Voici le fait. Peu le connaissent ; c'est pourquoi il peut trouver sa place ici. Meyerbeer assistait à une représentation du chef-d'œuvre de Victor Massé, en la compagnie de Michel Carré. Charmé, enthousiasmé par la grâce de la maîtrise légère de l'œuvre, le compositeur des Huguenots répétait à son voisin de stalle : Voilà un petit acte comme je voudrais en avoir un à traiter.
Michel Carré bondit chez son collaborateur Jules Barbier et lui dit : J'ai commande de Meyerbeer pour un opéra-comique en un acte.
Les deux collaborateurs se mettent à la besogne et, quinze jours après, apportent au maître le livret en un acte du Pardon de Ploermel.
Meyerbeer l'accepte, se passionne et se met à travailler avec ardeur sur ce mince sujet.
Un mois à peine s'était-il écoulé, que Jules Barbier reçoit
un billet du compositeur, le priant avec son collaborateur, de passer chez lui.
— J'ai fait trop de musique pour un seul' acte, leur dit-il. J'ai besoin d'un second acte.
Les deux librettistes emportèrent leur manuscrit ; et après avoir travaillé et retravaillé leur idée première, coupèrent leur acte en deux, allongèrent leur sauce du premier acte et celle du second, de récitatifs, de rondeaux, de duos et de trios ; puis le travail de réfection achevé, s'empressèrent de le porter à Meyerbeer, qui, après avoir pris connaissance de leur remaniement, s'écria plus que jamais enthousiasmé : C'est parfait ; il n'y a plus rien à redire, c'est complet !
Deux mois après, nouvelle lettre à Michel Carré.
Nouvelle arrivée des deux martyrs chez le Maître.
— Chers amis, leur clamat-il, entraîné par votre délicieux poëme, par votre admirable sujet, je me suis encore laissé aller à faire trop de musique.
Les deux collaborateurs frémirent.
— Après le superbe et colossal orage dont j'ai eu l'idée, et qui va terminer le second acte, j'ai besoin du grand calme des champs, du repos de la nature. Faites-moi un cadre dans lequel je puisse introduire un air de chasseur, que je n'ai pu placer dans votre second, et pour lequel j'ai composé une admirable ritournelle, exécutée par cinq cors. J'ai encore à introduire un air de paisible faucheur, un duo pour deux jeunes pastoureaux amoureux, et une prière pour laquelle j'ai écrit un merveilleux quatuor, sur lequel je compte beaucoup.
Les deux collaborateurs devenaient fous. Ils se remirent consciencieusement à la besogne, s'en tirèrent tant bien que mal, mal plutôt que bien, et le 4 avril 1859 vit naître à rOpéra-Comique cette grande et éloquente partition, inspirée par les humbles et modestes petites Noces de Jeannette.
Peu de compositeurs possèdent cette puissance d'enfanter à la fois Guillaume Tell et le Barbier de Séi^ille^ Hamlet et le Caïd, Mireille et le Médecin malgré lui.
Je demande pardon à mes lecteurs de cette longue digres-
sion, à propos d'une pièce tombée, mais il m'a semblé que ces justes réflexions pouvaient trouver ici leur place, et ma foi je les y ai mises.
Je reviens au Théâtre de MONSIEUR.
Le 18 Mars^ début de Mme Dufresnoy dans le rôle d'Alcime de Vlsle Enchantée, dont on donnait la quatrième représentation ce soir là. Mme Dufresnoy obtint de nombreux applaudissements.
Le 20 Mars, première représentation de : Le Bon Maître, ou Les Esclaves par Amour, parodie en 3 actes, paroles de M. Gourhillon ; retouchées par M. Pariseau ; musique del signor Paësiello.
Note de VAJmanach général :
« M. Pariseau n'a mis que le vernis à cette pièce. M. Gourhillon, le véritable auteur, est un jeune homme de la plus grande espérance. »
Le 21 Mars, première représentation de : Jean, de La Fontaine, comédie en 2 actes, en prose, par M. Pariseau.
A cette époque les noms d'auteurs n'étaient pas divulgués à l'avance par les indiscrétions périodiques. Le soir de la première représentation, quand commençait la pièce, les spectateurs ignoraient encore qui ils allaient applaudir ou siffler quand baisserait le rideau.
La proclamation du nom avait donc une raison d'être.
Cependant quelques bavardages avaient fait connaître au pubhc, que la pièce nouvelle était du sieur Pariseau, l'auteur révolté de Rosalie
Aussitôt, une cabale s'était formée, ayant l'intention de siffler l'ouvrage sans vouloir l'écouter, pour punir son auteur de son outrecuidance et de sa grossièreté.
Très ennuyé, Viotti prévint Pariseau des mauvaises intentions du pubUc.
Le soir de la première représentation, avant le lever du rideau, les sifflets commencèrent à se 'aire entendre.
Alors, on vit ceci : Le rideau se lever, un homme paraître en scène, s'avancer sur le public et dire : « Je suis Pariseau, l'auteur de la pièce qui va être jouée. Je viens pour recevoir
les justes sifflets que je mérite comme homme, pour mon inconvenante sortie du 13 Février dernier. Le 13 m'a toujours porté malheur. Je suis né un 13. Maintenant que vous m'avez sifflé comme homme et que votre vengeance est, je le pense, assouvie, écoutez-moi, comme auteur. »
Il salua et se retira.
Le public ébaubi écouta la pièce qui obtint un assez brillant succès. Il y avait beaucoup d'esprit, des allusions mordantes. L'auteur Pariseau devint l'homme du jour. On l'engagea à ne jamais sortir de ce genre, dans lequel il excellait et on lui pardonna sa virulente apostrophe de Rosalie.
Le samedi, 27 Mars, CLOTURE ANNUELLE pendant la Semaine Sainte et les Fêtes de Pâques.
Cette clôture était d'ordonnance Royale pour tous les théâtres petits et grands. Nul ne s'y pouvait soustraire.