‹ Théâtre de NohantChapitre 120 sur 208 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PÊRÉGRINUS, N A N N I.

Pérégrinus feint de chercher quelque chose sur l'établi.

NANNI, à part, le regardant.

Je voudrais bien le questionner, mais je n’ose pas.

PÊRÉGRINUS, feignant la surprise.

Ali! c’est vous, mademoiselle Nanni?

NANNI.

Vous cherchez quelque chose, monsieur Pérégrinus?

Je cherche... sans chercher ! Ah ! dites-moi,... vous élic7 là quand Max a brisé et brûlé des objets que je destinais;.

LA NUIT DE NOËL

NANNI.

A votre petit enfant, n’est-ce pas, monsieur Tyss ? Oh ! no craignez rien, je vois bien que votre mariage est un grand secret, et je le garderai fidèlement, soyez-en sur. Est-ce qu’il va venir, le petit?

PÉRÉGRINUS.

S’il vient,... ce ne sera que vers minuit, et vou3 serez endormie à cette heure-là...

NANNI.

Quel malheur! moi qui aurais tant voulu le voir!

PÉRÉGRINUS.

Il ne viendra peut-être pas ! A quoi bon? Je n’ai plus de divertissement à lui donner, plus d’arbre de Noël, plus rien,... car Max a tout détruit, n’est-ce pas?

NANNI.

Hélas ! tout I

PÉRÉGRINUS.

Même l’arbre?

B en a fait des allumettes pour le poêle 1 Mais il n’est que neuf heures, monsieur Tyss; on pourrait faire venir d’autres jouets.

PÉRÉGRINUS.

Non, c’est inutile. Max est résolu à ne pas me quitter, et jo ne veux pas...

NANNI.

Vous ne voulez pas qu’il voie votre fils?

PÉRÉGRINUS.

J’ai donc dit que c’était un fils ?

NANNI.

Je croyais ! Pendant le soupor...

PÉRÉGRINUS.

Oui, j’ai dit cela pour... {Surpris, écoutant des pas qui résonnent au-dessus du plafond.) Mais qui donc marche là-haut, dans la 'chambre fermée ?

THEATRE DE NOHANÏ NANNI, effrayée.

Ah! Jésus! on marche?

PÉRÉGRINUS.

Ce doit être Fritz.

Ah ! oui, c’est Fritz, à qui M. Max a donné l’ordre de lui frire un lit.

PÉRÉGRINUS.

Dans cette chambre inoccupée depuis plus de vingt ans?

NANNI.

Vingt ans !

PÉRÉGRINUS.

C’est là que demeurait un vieux ami de ma famille, un homme bien simple en apparence, vulgaire même, un pauvre ouvrier, mais un homme de génie dans sa partie.

NANNI.

Oh ! je sais, le vieux mécanicien, maître Rossmayer. Ma grand’mère m’en parle souvent, elle l’a connu. Il passait pour un peu sorcier à cause des beaux ouvrages qu’il faisait... Et cela vous contrarie, que l’on dorme dans sa chambre ?

PÉRÉGRINUS.

Oui, surtout Max, qui se moque toujours.

NANNI.

S’il allait vouloir casser les meubles !

PÉRÉGRINUS.

Non ! Max est un homme raisonnable, et il n’aurait pas de motifs cette fois... Ah ! pourtant vous me faites penser à quelque chose... Il y a là-haut certain jouet précieux... Oui, oui, sous prétexte de me corriger d’une manie, Max pourrait bien le détruire aussi ! Je cours le chercher pour le mettre en sûreté, (il monte l’escalier et disparaît.)

Ah ! si j’avais su que cela lui faisait de la peine, je n’aurais pas donné les clefs à Fritz ; mais peut-être serait-il encore temps d’empêcher M. Max de rester 1

LA NUIT DE NOËL

PÉRÉGRINUS, redescendant avec une grande botle.

Tenez, chère demoiselle, voilà mon trésor : où le mettonsnous?

NANNI.

Qu’est-ce que c’est donc?

PÉRÉGRINUS.

Une boîte remplie do marionnettes! Cela n’a de prix que pour moi à cause de... (il lui remet la boite et remonte.) Permettez! il y à aussi le théâtre, que j’ai posé là... (Rapportant le théâtre de marionnettes.) Je vous expliquerai...

NANNI.

Ah ! vite, sous l’escalier ! Voilà, je crois, M. Max ! (iis cachent la boite et le théâtre.) Et puis je vais lui dire que la chambre de là-haut est trop délabrée.

PÉRÉGRINUS.

Il n’en sera que plus obstiné, et il ne l’est pas peu. Puis il fait toujours «n temps...

NANNI.

Puisqu’il demeure tout près d’ici... Ne faites pas semblant, le voilà 1

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