‹ Théâtre de NohantChapitre 139 sur 208 · LE VIEILLARD, UN HOMME HABILLÉ COMME PÉRÉGRINUS · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD, UN HOMME HABILLÉ COMME PÉRÉGRINUS

le vieillard. — Pérêgriuus, mon ami, ta dis que tu aimes cette bonne fille?

N A NM, interrompant, et regardant Pérégrinus.

Ah ! qui donc ?

Je n’ai rien dit !

la marionnette de pérégrinus. — Oui, j'aime NaDni de tonte mon âme; mais je n’oserai jamais le lui dire !

le vieillard. — Alors, mon pauvre garçon, tu ne sauras jamais te fairo aimer 1

NANNI, se levant et interpellant les marionnettes, qui disparaissent, et dont la toile se ferme.

Ce n’est pas vrai !

PÉRÉGRINUS, tombant b ses pieds.

Chère Nanni, que dites-vous?... Serait-il possible? Ah! répétez-le, ce que vous avez dit là !

NANNI.

Mon Dieu, je n’en sais plus rien, monsieur Tyss 1 Je crois que je viens de rêver! Étiez-vous là? Avons-nous vu et entendu ?...

PÉRÉGRINUS.

Si c’est un rêve, Nanni, nous l’avons fait tous deux. Nous avons vu les fantômes de mes souvenirs, nous avons entendu les voix de mon passé. Ces petits personnages sont sans doute des esprits familiers, de bons lutins qui, dans leur narveté grondeuse, ont résumé les misères du pauvre homme que je suis, mon enfance craintive, ma jeunesse timide, mon âge mûr défiant I Mais cette défiance n’est qu’envers moi-même, Nanni ! Si vous saviez ce qu’il y a en moi de confiance et de respect... Ma paresse est dans l’esprit, elle n’est pas dans le cœur. Seulement, je suis gauche, et ma langue ne rend pas

LA NUIT D F, NOËL

mieux mes sentiments que mes idées. (Les portes s’ouvrent.) Mais, tenez, les portes se rouvrent d’elles -mômes... Le bon génie qui me gourmande m’assistera peut-être. Allons trouver vos parents, et, devant eux, ne craignant plus de vous offenser, je crois que j’oserai dire tout ce que j’ai dans l’âme!

NANNI.

Mais,... monsieur Tyss, ils seront endormis, à minuit passé !

PÉRÉGRINUS.

Eh bien, réveillez-les... Priez-les de se lever; je veux leur parler tout de suite.

NANNI.

Dans un quart d’heure, alors?

PÉRÉGRINUS.

Oui, je monterai.

NANNI.

J’y vais... Mais qu’est-ce que vous voulez donc leur dire?

PÉRÉGRINUS.

Allez, allez toujours, Nanni, vous verrez ! (Elle sort.)

Page 1