‹ Théâtre de NohantChapitre 153 sur 208 · JU A RI ELLE · texte numérisé non relu

JU A RI ELLE

C’est un vieillard, sans doute?

SYLVIE

Non, ce n’est point un vieillard, c’est un jeune débauché d’humeur violente et tyrannique. Je le hais, je le veux éviter. Vous voyez, le cloître même n’est point un refuge sacré pour la dignité d’une (flic sans fortune et sans famille. Il faut que je quitte ce couvent, et cette ville, et ce pays. J’y suis résolue, je ne rentrerai point ce soir. Mais où irai-je avec cet habit et sans aucune ressource? Vous m’avez dit que je devais me soutenir par mon travail, vous m’avez jugée assez bonne actrice, emmenez-moi, ou je suis désespérée!

SIARIELLE, tremblant.

Vous emmener? Une personne comme vous au théâtre? Savez-vous ce que vous me demandez ?

SYLVIE

Une personne comme moi ne craint point la séduction ; çlle ne craint guère non plus la violence, parce que, plutôt que de souffrir la violence, elle saurait se donner la mort. Mais sa Gerlé se trouve comme ravalée et flétrie par l’outrago de certaines assiduités; s’il faut qu’elle les endure avec patience, elle prend la vie en dégoût!... Ne suis-je donc point digne de respirer la vie, l’honneur, la liberté ? Ne vous sentezvous point capable de m’assurer ces biens, auxquels le plus pauvre a des droits? ne disiez-vous point ce que vous pensiez tout à l’heure, quand vous formiez le souhait de me servir et de me protéger? Voyons, monsieur Marielle, vous me pouvez sauver; me voulez-vous abandonner aux hasards d’une triste destinée?

THEATRE DE XOHAXT

sot

MARIELLE.

Vous abandonner!... Mais votre parente?...

SYLVIE

Ma parente ne me pardonne point d’être sortie d’un sang calviniste. Elle ne m’aime pas, elle est trop avare pour me recueillir, et trop pressée d’être débarrassée de moi pour me réclamer.

Mais les religieuses de votre couvent vous feront poursuivre !...

SYLVIE

Elles sont trop pauvres pour me vouloir garder sans dot et sans pension.

MARIELLE.

Reste donc ce grand seigneur, ce libertin qui pourrait songer à VOUS persécuter ? (Saisissant !o bras de Sylvie.) Eh bien donc, qu’il l’ose!

SYLVIE, tombant à ses genoux.

O noble Marielle ! vous avez étendu votre main sur moi, je ne redoute plus rien au monde.

MARIELLE, éperdu et ta relevant.

Sylvie !

SYLVIE

Je vous récompenserai par un travail assidu, par un zèle fervent, par une amitié...

MARIELLE.

Filiale, n’est-ce pas? Allons, j’aurai pour toi le cœur d’un père! Tu seras désormais Sylvia, tu seras ma fille comme Fabio est mon fils.

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