‹ Théâtre de NohantChapitre 156 sur 208 · E B OA STE · texte numérisé non relu

E B OA STE

A Florimond, le grondeur?

FABIO

Je ne m’embarrasse point de lui.

ERGASTE

Alors... c’est donc à ton père?

FABIO

Peut-être à Jlarielle; qui sait?

ERGASTE

Voilà qui est mal, Fabio !

FABIO. . -

Pourquoi m’interroger, si tu veux censurer mes réponses? Ne me demande rien !

ERGASTE

Si fait ! mieux vaut dire franchement ce qu’on a sur le cœur. Voyons, dis-lc-moi, et, si je te reprends, laisse-moi faire ; on ne gronde que ceux qu’on aime, va !

FABIO

J'ai de l’ennui depuis que nous avons quitté Grenoble ; tout me lasse et m’accable.

ERGASTE

Et cependant, tu ne regrettais point de quitter Grenoble?

J’y ai fort bâillé.

ERGASTE

Tu es peut-être malade? Je veux que nous consultions quoique habile médecin à Lyon, pour savoir d’où peuvent provenir ces esprits mélancoliques. Tu n’as point de raisons pour être mal content; tu es l'enfant gâté du bon Slarcille et

du vieux Ergaste; à eux deux, ils t’ont toujours si chèrement aimé !

FABIO

Je le sais de reste ! je sais qu’ils m’ont acheté à des bohèmes qui me faisaient périr de misère, de lassitude et de coups. Je sais que j’appartiens à Marielle, car il a payé ma rançon, mon éducation, toute mon existence ; je suis donc sa chose, et, si je me voulais appartenir à moi-même, ce serait une ingratitude bien noire; n’est-ce point ainsi, Ergaste?

ERGASTE

Jo n'entends guère ce que tu veux dire. Marielle n’estime point que tu lui appartiennes autrement que par l’amitié. Quand est-ce donc qu’il a tranché du supérieur avec toi ? A , voir comme il prend plaisir à contenter toutes tes envies, bien des gens disent qu’il est l’esclave, et toi le maître.

FABIO

Je ne vois point qu’il me soit si soumis 1 II y a avec nous désormais une certaine personne qui le gouverne bien autrement, et vous n’y trouvez point à redire.

LaSylvia? cette bonro fille?

FABIO

Une pédante et une prude, mille fois plus savante que vous ne pensez en l’art de brider son monde ; une fausse vertu qui a vite acquis l’habileté d’une comédienne, sans perdre la roideur d’une béguine, Bientôt, ce ne sera plus à Marielle que nous aurons affaire, mais à la Svlvia; et alors, moi, je quitte la partie, n’étant point d’avis d’être comédien et serviteur aux gages d’un vertugadin !

ERGASTE

Voilà donc le secret de ton déplaisir? tu te sens jaloux de l’amitié de Marielle pour la Sylvia? C’est faire grand tort à cette demoiselle, qui est bonne autant que sage, qui fait merveille de sa personne dans notre comédie, et qui donne du contentement à ses camarades autant qu’au public, par

M AHIELLE

sa retenue, sa bonne humeur, et toutes ses honnêtes façons d’agir.

FABIO

Allons, ferme ! te voilà féru d’amour pour elle, toi aussi ?

ERGASTE

Pourquoi dis-tu aussi?

Je m’entends !

ERGASTE

N’est-ce point toi qui en serais féru?

FABIO

Moi? Je ne la puis souffrir! En vérité, jo ne sais pourquoi tu me parles d’elle. Je m’en vais au-devant de Florimond, qui la déteste à l’égal de moi-même, (il s’en va.)

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