‹ Théâtre de NohantChapitre 166 sur 208 · FAB W · texte numérisé non relu

FAB W

Ainsi, ma recherche est une honte pour vous ?

, SYLVIA. f ... ...

Non ! c'est un chagrin. Un mot le ferait cesser, et jo souffre de ne vous le pouvoir point dire.

FABIO

Ne vous contraignez point! dites que vous me haïssez!

SYLVIA

Je ne saurais point haïr celui que Marielle chérit ; je voudrais qu'il m'aimât d’une honnête et tranquille amitié, comme je serais portée à l’aimer moi-même ; mais, si le dépit lui suggère de me tenir un langage que je ne puis point écouler, je préfère le retour de son aversion première.

s fabio.. Ai ; -j

Vous avez donc cru à cette aversion ? Non ! vous n’v

MARIELLE 33Î

croyez point ! Plus froide et pltïs expérimentée que moi, vous avez fort bien vu que je voulais me donner le change à moimême ; vous savez bien que vous me faites mourir, et vous vous réjouissez de mes tourments ! - ••

SYLVIA.'

Il vous faudrait haïr, pour me réjouir ainsi, et je ne hais personne. ' ' - -.u; q " K

FABIO

Vous ne haïssez personne, parce que vous n’aimez personne. Oui, voilà votre naturel ! l’indifFerencé etîe dédain ! Eh bien, c’est un naturel haïssable entre tous, et, si je me puis guérir de vous aimer, je sens que vous me serez un objet d’horreur.

SYLVIA

L étrange esprit que le vôlre ! Une femme est votre ennemie parce qu’elle n’a point d’amour pour vous ! Voilà bien de l’orgueil !

FABIO

Sylvia, vous me dites bien ouvertement que vous ne m’aimez point, et, moi, je vous dis que je vous aime hors do raison. Est-ce là de l’orgueil, et suis-je assez humilié à votre gré?

SYLVIA

Ce que vous me dites là, je le veux oublier. Çie vouas humdicz point davantage, je ne saurais vous payer de retour.

DESOEILLETS, paraissant au fond du théâtre, et entendant les dernières paroles do- Sylvia. • > — -

Aie ! (il se glisse dans les arbres pour écouter. j

FABIO

Ceci est une parole sérieuse et réfléchiot

SYLVIA

Oui, Fabio. 1 - *

FABIO

Adieu donc ! mais, auparavant que je vous quitte, sachez

ce que je pense de vous : vous avez une prudence affreuse, Sylvia, vous êtes tout calcul, toute ambition ; vous vous faites gracieuse et prévenante envers Marie! le, parce qu'il est un appui pour vous, parce qu’il est en belle réputation de talent et de fortune ; mais celui qui n’a encore ni argent ni renommée, celui qui ne possède que sa jeunesse, son amour et son courage, vous n’en faites non plus de cas que d’un roseau. Allez, mademoiselle, suivez votre penchant, égarez l’esprit d’un vieillard crédule...

SYLVIA

Que dites-vous là ? oh ! taisez-vous, monsieur 1

FABIO

Ah ! ceci vous blesse ? J’ai donc touché bien juste !

SYLVIA

Vous jugez que Marielle est épris de moi, et vous me voudriez rendre éprise de vous? J’aurais cru que vous dussiez préférer Marielle à vous-même.

FABIO

Si vous l’aimiez, je serais guéri, je ne serais point jaloux ; mais puis-je supporter qu’en me dédaignant, vous l’abusiez comme vous faites ?

SYLVIA

Ne soyez donc pas envieux et ne songez plus à moi, Fabio ; car j’aime Marielle, je n’ai jamais aimé, je n’aimerai jamais que lui.

FABIO

Lui, un vieillard? Ah ! j’entends ! vous comptez qu’il vous épousera ? 11 est célèbre et riche... le vieux Marielle 1

Le vieux Marielle a un cœur plus noble que le tien, jeune Fabio, c^r il a cru à la droiture de mes sentiments et ne m’a point fait l’outrage de me juger intéressée.

FABIO

Dites la vérité, si vous ne voulez point vous faire un jeu de mon amour. Vous vous mariez emsembla ?

MARIELLE

SYLVIA

Depuis un mois, nous le sommes. Il y avait certains dangers à le publier ; je vous confie un secret d’où dépend, pour quelque temps encore, la sûreté de Marielle, un secret que ses deux amis no savent point ; mais vous m’y contraignez, sachez-le donc : un prêtre a béni secrètement notre union à Grenoble.

FABIO, consterné, pais irrité.

O'hnè ! mon pauvre père ! Allons ! c’est affaire à vous, madame, d’aller vite à votre but sans toucher les écueils 1 recevez-en mon compliment, et ne redoutez plus mes importunités. Quand on a la sagesse d'épouser un vieillard, on ne le trompe point pour des gens d’aussi mince étoffe que je le suis.

SYLVIA

Fabio, je te croyais meilleur I je n’aurais point imaginé que tu choisirais, pour me faire outrage, le moment où je te donnais une si grande marque de confiance ; je n’irai point, tu le sais, demander protection à Marielle contre toi ; plutôt que de meurtrir son cœur, je supporterai ces indignités. O Marielle 1 je ne prévoyais point que mon amour pour toi serait si mal interprété ! mais le tien sera mon refuge et ma gloire I

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