MARIELLE, FABIO, FLORIMOND, ERGASTE, PIERROT
Ergaste est en costume de capitan, Florimond en Mezzetin, Fabio en Léandre, comme on l’a déjà vu : Pierrot en Pierrot. Marielie se place à une table de toilette pour arranger sa figure de Scaramouche. Il tourne le dos aux spectateurs; Fabio, près de lui, l’aide nonchalamment et arec distraction. Ergaste et Pierrot sont ensemble sur un côté de la scène; Florimond, de l’autre, achève do se costumer auprès d’une console.
ERGASTE, grondant Pierrot d’un ton paternel.
Je ne sais pas comment tu te blanchis, mais tu n’es jamais bien fariné au-dessous des yeux !
FLORIMOND
Un imbécile, qui passe toujours ses mains sur sa figure 1
ERGASTE
Étourdi, oui, un peu ! mais imbécile, point du tout. Il commence à très-bien marcher, et, hier, il a été applaudi.
PIERROT
C’est-il, vrai Dieu, moi qu’on applaudissait, monsieur Ergaste ? Moi, j’ai cru que c’était vous !
ERGASTE
Quand je te dis que c’est toi...
Oh ! bien, alors, c’est nous deux.
ERGASTE
Allons, ne te va point frotter le long des coulisses ; tiens ! tu vois bien ! te voilà encore le dos collé contre la muraille ! II n’est rien de si mal plaisant à voir qu’un Pierrot fripé comme une vieille marionnette. Ah çà ! tu feras grande attention à la passade qu’il te faut donner à Scaramouche, tu t’y manques toujours.
PIERROT
C’est que, quand il me faut faire choir monsieur Marielie, ça me fait tant de peine, que je n’ose point ; je crains toujours que je ne lui fasse du mal.
MARIELLE, de sa toilette.
C’est pourquoi il y faut aller résolument, mon garçon ! si tu balances, je puis choir à faux et me blesser; mais, si tu me pousses bien franchement, je me répands à plat et ne risque point.
ERGASTE, à Pierrot.
Tu vois! le père Marielle te le dit lui-même ! Allons, donnes-y soin aujourd’hui, tu n’as qu’à bien regarder Fabio.
Ce n’est point du tout le même jeu ! Moi, je pousse Scaramouche avec colère pour l’ôter de mon chemin, et Pierrot le doit heurter par balourdise, en se voulant sauver et en tombant lui-mème par-dessus lui.
PIERROT
Oh ! c’est que, toi, tu le pousses d’un courage... Moi, je n’oserai jamais; quand M. Marielle va pour choir, je le voudrais retenir.
FLORIMOND
Ce qui veut dire que tu manqueras l’effet de scène comme les autres jours. Aie donc un peu d’amour-propre, mordieu !
ERGASTE
Ne le gronde pas de ce qu’il a plus de bon cœur que d’orgueil !
MARIELLE, sc retournant brusquement arec sa tête à moitié faite.
Qu’est-ce que c’est ?
ERGASTE
Quoi donc?
MARIELLE.
Vous n’avez pas entendu ce bruit du dehors T
PIERROT
C’est qu’il tonne.
MARIELLE.
Non, c’était comme un cri, comme un sanglot qu’on étouffe !
C’est mon jeune chien que l’orage fait hurler.
MARIELLE.
Non ! c’était une voix humaine ! (a part.) Sylvia n’est pas rentrée ?
FABIO
Je n’ai rien entendu.
PIERROT
Ni moi aussi.
MARIELLE.
Silence ! écoutez 1
ERGASTE
Cela ? C’est une voiture qui roule.
MARIELLE.
Le bruit s’éloigne et se perd...
ERGASTE
Eh bien, qu’est-ce que cela te fait donc ? Il y a plus de vingt carrosses devant le théâtre, et les coureurs crient pour faire place aux équipages.
MARIELLE.
C’est vrai ! je suis fou 1 (U so remet à sa toilette.)
BIERROT, ii Ergaste.
Qu’est-ce qu’il a donc, monsieur Marielle, qu’il dit qu’il est fou ?
ERGASTE
Je ne sais pas 1 (Regardant par la portière.) Ah I le docteur nous fait signe de nous hâter. La salle est pleine I Viens vite, que je te fasse encore répéter ton entrée avant le lever du rideau. (Ergaste et Pierrot sortent.)
théâtre de nouant