‹ Théâtre de NohantChapitre 181 sur 208 · MARIELLE, FABIO, FLORIMOND, ERGASTE, PIERROT · texte numérisé non relu

MARIELLE, FABIO, FLORIMOND, ERGASTE, PIERROT

Ergaste est en costume de capitan, Florimond en Mezzetin, Fabio en Léandre, comme on l’a déjà vu : Pierrot en Pierrot. Marielie se place à une table de toilette pour arranger sa figure de Scaramouche. Il tourne le dos aux spectateurs; Fabio, près de lui, l’aide nonchalamment et arec distraction. Ergaste et Pierrot sont ensemble sur un côté de la scène; Florimond, de l’autre, achève do se costumer auprès d’une console.

ERGASTE, grondant Pierrot d’un ton paternel.

Je ne sais pas comment tu te blanchis, mais tu n’es jamais bien fariné au-dessous des yeux !

FLORIMOND

Un imbécile, qui passe toujours ses mains sur sa figure 1

ERGASTE

Étourdi, oui, un peu ! mais imbécile, point du tout. Il commence à très-bien marcher, et, hier, il a été applaudi.

PIERROT

C’est-il, vrai Dieu, moi qu’on applaudissait, monsieur Ergaste ? Moi, j’ai cru que c’était vous !

ERGASTE

Quand je te dis que c’est toi...

Oh ! bien, alors, c’est nous deux.

ERGASTE

Allons, ne te va point frotter le long des coulisses ; tiens ! tu vois bien ! te voilà encore le dos collé contre la muraille ! II n’est rien de si mal plaisant à voir qu’un Pierrot fripé comme une vieille marionnette. Ah çà ! tu feras grande attention à la passade qu’il te faut donner à Scaramouche, tu t’y manques toujours.

PIERROT

C’est que, quand il me faut faire choir monsieur Marielie, ça me fait tant de peine, que je n’ose point ; je crains toujours que je ne lui fasse du mal.

MARIELLE, de sa toilette.

C’est pourquoi il y faut aller résolument, mon garçon ! si tu balances, je puis choir à faux et me blesser; mais, si tu me pousses bien franchement, je me répands à plat et ne risque point.

ERGASTE, à Pierrot.

Tu vois! le père Marielle te le dit lui-même ! Allons, donnes-y soin aujourd’hui, tu n’as qu’à bien regarder Fabio.

Ce n’est point du tout le même jeu ! Moi, je pousse Scaramouche avec colère pour l’ôter de mon chemin, et Pierrot le doit heurter par balourdise, en se voulant sauver et en tombant lui-mème par-dessus lui.

PIERROT

Oh ! c’est que, toi, tu le pousses d’un courage... Moi, je n’oserai jamais; quand M. Marielle va pour choir, je le voudrais retenir.

FLORIMOND

Ce qui veut dire que tu manqueras l’effet de scène comme les autres jours. Aie donc un peu d’amour-propre, mordieu !

ERGASTE

Ne le gronde pas de ce qu’il a plus de bon cœur que d’orgueil !

MARIELLE, sc retournant brusquement arec sa tête à moitié faite.

Qu’est-ce que c’est ?

ERGASTE

Quoi donc?

MARIELLE.

Vous n’avez pas entendu ce bruit du dehors T

PIERROT

C’est qu’il tonne.

MARIELLE.

Non, c’était comme un cri, comme un sanglot qu’on étouffe !

C’est mon jeune chien que l’orage fait hurler.

MARIELLE.

Non ! c’était une voix humaine ! (a part.) Sylvia n’est pas rentrée ?

FABIO

Je n’ai rien entendu.

PIERROT

Ni moi aussi.

MARIELLE.

Silence ! écoutez 1

ERGASTE

Cela ? C’est une voiture qui roule.

MARIELLE.

Le bruit s’éloigne et se perd...

ERGASTE

Eh bien, qu’est-ce que cela te fait donc ? Il y a plus de vingt carrosses devant le théâtre, et les coureurs crient pour faire place aux équipages.

MARIELLE.

C’est vrai ! je suis fou 1 (U so remet à sa toilette.)

BIERROT, ii Ergaste.

Qu’est-ce qu’il a donc, monsieur Marielle, qu’il dit qu’il est fou ?

ERGASTE

Je ne sais pas 1 (Regardant par la portière.) Ah I le docteur nous fait signe de nous hâter. La salle est pleine I Viens vite, que je te fasse encore répéter ton entrée avant le lever du rideau. (Ergaste et Pierrot sortent.)

théâtre de nouant

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