‹ Théâtre de NohantChapitre 182 sur 208 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

MARIELLE, FAB 10, FLORIMOND.

Mariette est toujours à sa toilette, Fabio s’est rapproché de lui, Florimond s’arrange sur un côté de la scène.

FLORIMOND

Voilà un chien de rôle, celui de Mezzetin ! j’en ai dans lo dos !

FABIO, àMarielle.

Il ne nous dit point de vers, ce soir ; il est dans sa pire humeur.

Allons, bon ! voilà un bouton de moins 1 ces damnés juifs de tailleurs ! cela vous colle les boutons, et encore est-ce avec de l’eau claire ou des paroles. Comment, je vais encore jouer avec ce manteau troué ? (a Fabio.) Combien de fois n’ai-je point dit que j’en voulais un neuf?

FABIO

Est-ce mon emploi, de vous fournir de manteaux?

FLORIMOND

Où est le blanc ? Pierrot a pris tout le blanc 1

MARIELLE, h Fabio.

Donne-lui donc du blanc.

FLORIMOND

Et le rouge ? Fabio a usé tout le rouge I

MARIELLE, toujours tranquillement à Fabio.

Donne-lui du rouge 1

FABIO, jetant les boîtes sur la table de Florimond.

Oh! l’animal maussade 1 (a Marieile.) Mon père, c’est le moment de me laisser faire quelques-uns de ses rôles, puisqu’il en est dégoûté.

FLORIMOND

Toi, tu ferais mes rôles ? Voilà du plaisant !

MARIELLE, à Fabio.

Tu vas encore me demander de faire l’arlequin ?

FABIO

Mon père, je te jure que je suis las de faire l’amoureux.

MARIELLE.

Est-ce pour cela qne tu es soucieux depuis quelques jours ?

FLORIMOND

Oui ! le public ne fait point assez d’état de la personne de monseigneur Léandre. On est jaloux des vieux.

MARIELLE, quittant sa toilette et paraissant arec sa tête de Scaramouche.

Si je diffère, mon enfant, c’est par l’envie que j’ai de t’assurer un triomphe. Tu n’as point encore assez étudié le burlesque. C’est plus malaisé que tu ne crois. C’est de la grâce encore, mais une grâce plus fine et plus souple que celle de ton emploi. Il te faut perdre toute la fierté de tes mouvements, et j’appréhende que tu ne sois trop joli de ta personne et point assez comique.

FLORIMOND

Lui ! il sera d’un comique à porter le diable en terre.

FABIO

Ainsi, Marielle, vous ne voulez point?

martelle.

Tu y tiens donc beaucoup ?

Tellement, que...

MARIELLE.

Eh bien?

FABIO

Mon père, je vous en prie.. Considérez que je suis dans un âge à me vouloir avancer. Qui est-ce qui distingue un Horace, un Lélio, un Mario, un Léandre ? On vous tient peu de compte d’une belle prestance; que vous disiez bien ou mal, on ne vous écoute point. Je suis lassé de mon obscurité. Il faut que j’en sorte, et, si vous m’y empêchez toujours, je croirai, à la fin, que vous ne m’aimez plus !

MARIELLE, lui prenant le bras.

Enfant, vous dites— là une méchante parole ! Vous devriez connaître que vous n’avez point de meilleur ami que Marielle. Oh ! ne froncez point le sourcil ! Je ne vous veux rien reprocher. Ce que j’ai fait pour vous, le premier venu ayant quelque argent en poche et quelque pitié en l’éme l’eût fait aussi bien que moi. Mais ce dont je me loue auprès de vous, Fabio, c’est de vous avoir aimé comme un père aime son fils; et cela, voyez-vous, ne se contente point de paroles et de caresses : l’amour seul peut payer l’amour, et, si vous n’avez point dans le fond de votre cœur une amitié forte et véritable pour le vieux Marielle, le vieux Marielle est un père bien malheureux !

FABIO, ému.

Pourquoi est-ce que vous me dites tout cela, mon père? Avez-vous quelque chose à reprendre en ma conduite devers vous?

MARIELLE.

Peut-être !

FLORIMOND

Ah ! enfin ! Si je m’étais attiré une parole comme celle-là, j’en crèverais de honte !

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