MARIELLE. SYLVIA, SŒUR COLETTE, FABIO, ERGASTE
PIERROT
MARIELLE, avec quelques pièces de costume mises au hasard, entre à
pas lents et sans remarquer personne. Il n’est point en somnambulisme,
mais dans une sorte de délire tranquille.
C’est qne scène de lazzi à l’italienne. Scaramouche veut garder le logis d’Isabelle : Léandre le pousse rudement et lui rompt le crâne contre une table... Le public rit... C’est une scène fort plaisante.
ERGASTE, s’approchant de lui avec précaution.
Marielle, la pièce est finie. Viens te reposer, mon vieux !
MARIELLE.
Non, il y a encore la scène de la fin. J’irai jusqu’à la fin, quand j’en devrais mourir. Tu sais, la scène de la lettre I je ferai mine de la lire, mais je ne la veux point voir. Allons, donne-la-moi.
ERGASTE
Pense à autre chose, ami. Il y a là des personnes que tu seras content de voir et qui te veulent serrer la main, (n lui prend doucement la main, en retenant de l'autre Sylvia, qui s’est approchée de Marielle.) ■*'
MARIELLE.
A moi? Je veux bien; mais c’est quelque Judas, peut-être, (il étend la main avec force, Sylvia la lui saisit.) Faites bien attention, le public nous regarde. Ayons l’air,de nous embrasser; après, nous nous égorgerons dans la coulisse.
SYLVIA
Marielle, Marielle, c’est moi ! ta femme ! avec ta sœur I
THÉATBE DE NOHANT
MARIELLE, après quelque hésitation.
Eh bien, je le sais bien que c’est toi !
SOEUR COLETTE, lai prenant l’antre main.
Oui, c’est ta chère Sylvia qui t’a toujours aimé !
MARIELLE se laisse asseoir et regarde Sylria, qni s'agenouille près de lui.
Pourquoi donc à genoux ? Elle ne m’a jamais trahi, elle ! C'était dans la pièce, mais vous dites que la pièce est finie?
ERGASTE
Oui. Repose-toi, et regarde-nous bien tous. Est-ce que tu ne nous trouves pas l’air content ?
MARIELLE.
C’est vrai, cela me fait du bien de voir. Ma femme, ma sœur 1 (Hegardant autour de lui.) Ah ! oui, c’est fini, nous sommes dans le foyer. C’est l’heure de souper ensemble. Mais je suis bien fatigué, ce soir... Cette comédie-là me fait toujours du mal! Et puis j’ai été malade, j’ai fait de méchants rêves. Mais, quand je vous vois toutes les deux, quand je tiens comme cela ta main dans la mienne, je me sens guéri par miracle. Est-ce que tu es malade aussi, toi? Je te trouve pâle. Ah! toujours cette migraine!... Et Fabio! Mon cher enfant, d’où viens-tu donc?
FABIO
Oh! vous m’aimez toujours!