BERNARD, FRANCINE
BERNARD
J’ai pas rêvé, Francine ? Tu m’as appelé?
FRANCINE
Oui. Écoutez-moi. Vous ne m’aimez point, ou vous m’aimez très-mal, comme un homme sans bonté et sans religion peut aimer. Vous m’avez trompée la première fois. Je vous croyais de bonne parole. Vous êtes revenu au bout d’uno heure, et ce que vous m’avez proposé, c’est infâme, entendezvous?
BERNARD
Doucement; laissez-moi dire aussi, Francine. Je suis revenu parce que votre père me demandait, et je ne vous ai vue alors que devant lui, après lui avoir parlé; ainsi, je n’ai pu vous offenser en aucune manière.
FRANCINE
Si vous ne vous souvenez pas de ce que vous dites et des personnes à qui vous parlez, comment donc faire pour s’entendre avec vous ?
BERNARD
Si je vous respectais pas comme je respecte ma sœur, je vous dirais que c’est vous, Francine, qui rêvez des choses qui ne sont pas.
FRANCINE
Allons, c'est inutile de vous parler. Sans doute que le vin vous enlève toute idée d’un moment à l’autre.
BERNARD
Le vin ? J’ai fait serment, il y a un an, de n’en plus goûter, non plus qu’aux autres choses qui font perdre la raison, et j’ai tenu parole, je le jure 1
FRANCINE
Vous n’étiez pas ivro quand mon père est rentre r