‹ Théâtre de NohantChapitre 58 sur 208 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CARION, MYRTO, CHRÊMYLE, PLUTUS, porte par les Paysans sur un brancard de feuillage. Amis et Voisins de Chrémylc aver leurs femmes et leurs eitfaus . MERCURE, déguisé en rapsode, avec nue lyre, nno harlio et un vieux stigHM. — R AC T 1 S entre d'un autre côté et se lient à l'écart.

MERCURE

Honneur au plus beau des immortels! honneur à Plulus, le plus chéri des dieux! Nous brûlions de te posséder dans nos campagnes, nous étions desséchés do soupirer après tpi. Délions les bœufs, et que le soc de la charrue se couvre de rouille ! Ta présence va nous dispenser des soucis et de la fatigue ! Tout va germer et mûrir sans que nous en prenions aucun soin. Nos raisins de Lemnos vont écraser sous leur poids les supports et les treilles; nos jeunes plants d’oliviers vont se couvrir, avant la saison, de fruits abondants et sains! O mes amis, ne songeons plus qu’à couper du lierre pour couronner nos coupes! Nous allons, mollement couchés

LE DIEU PLUTUS 123

sur des tapis de violettes, au bord des sources toujours pleines, boire le vin doux parfumé de graines de myrte !

CARI ON

Que ce coryphée est agréable ! Jamais personno ne parla si bien. Par ma foi, je veux aussi louer Plutus pour qu’il fasse attention à moil O dieu ami de la danse!...

PLUTUS, qui est descendu de son brancard et qpi se trAL.a en boitant.

En voici un qui me prend pour Bacchus!

CARION

Excuse-moi, Plutus ! N’es-tu pas le dieu des fêtes pt de la bombance?... O divin Plutus, aimable adolescent, fais que nos marchés regorgent de richesses, de bonnes tête d’ail, deconcombres précoces, de pommes, de grenades et de bops petits vêlements de laine pour les esclaves! qu’on y voie accourir ces braves marchands de Béotie chargés d’oies, de canards, de tourterelles, de bisets, de lièvres, de roitelets et de sauterelles bien grasses ! qu’on nous apporte des paniers pleins de poissons et de coquillages, et que, pressés à table, nous y mangions jusqu’à tomber dessous; après quoi, nous traînant avec délices à la manière des quadrupèdes, nous lutterons à nous pousser et à nous amonceler sous tes pieds comme un grand tas de pots cassés et de coquilles d’huîtres !

(il s’agenouille et baise le vêtement de Plutus, qui le repousse, et va de l’nn à l’antre sans pouyoir se soustraire aux hommages et anx embrassades.)

CHRÉMYLE, embarrassé, h Mercutc.

Pour dire la vérité, à moins que Plutus ne fasse sortir de terre des mets délicieux, j’ignore où nous les prendrons ! Mon plus grand régal est de faire griller des pois et de les manger avec une grive et deux pinsons, en arrosant le tout d’une boisson de thym broyé, favorable à la digestion; mais, si Plutus dédaigne nos repas champêtres, il no tiendra qu’à lui, je pense, de nous faire fttire meilleure chère !

MERCURE

Or donc, Plutus, écoute ce que l’on ta dit, et réponds à ton hôte, au lieu de branler la tête 1

12* THÉÂTRE DENOHANT

PLUTUS

Eh ! eh I je ne suis point fâché de revoir la lumière du soleil ! et ces bonnes gens me font un accueil agréable. Je consens donc, pourvu qu’ils cessent de m’étoulfer de leurs embrassements, à demeurer parmi eux.

CHRÉMYLE

Oui, oui, Plutus ! à cette heure, tu reconnais les hommes de bien, et tu vois que j’en suis !

CARION

Le plus homme de bien, c’est moi.

Tous disent la même chose ; mais allez donc dresser la table, et que chacun apporte ses provisions !

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