‹ Théâtre de NohantChapitre 57 sur 208 · SCÈNE PREMIÈRE MYRTO, CARION · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE MYRTO, CARION

MYRTO

Est-il vrai qu’il ait recouvré la vue?

Le plus grand bonheur du monde est arrivé à mon maître, à son fils, à vous, à moi, — car j’espère en avoir ma part, — enfin à Plutus lui-même, dont les yeux éteints sont devenus plus brillants que deux étoiles. Laissez-moi courir pour que le premier j’annonce la nouvelle à votre mère; car toute bonne nouvelle a droit à un présent, et je lui veux demander un de ces gâteaux qu’elle fait si bien.

MYRTO.'

Je t’en donnerai tout un collier, si tu me racontes l’aventure sans y mêler tes paroles do fou.

CARION

Laissez-moi devenir riche ! Je ne dirai alors que des choses sages, et qui paraîtront admirables à tout le monde 1 Écoutez bien : sitôt que nous sommes sortis d’ici hier soir, nous avons conduit Plutus à la mer, et nous l’y avons bien lavé.

MYRTO

Un bain froid à un vieillard I

CARION

E n’était pas trop content; mais nous l’avons bien vite conduit au temple d’Esculape. Nous y avons consacré les gâteaux et la farine avec la flamme do Vulcain, suivant l'usage; après quoi, nous avons couché Plutus sur un petit lit, et chacun

LE DIEU PLUTUS

s’en est accommodé un tout semblable pour faire la veillée avec lui. Il y avait là bon nombro de malades, entre autres ce Néoclidès, qui se dit aveugle aussi, et qui vole la république aussi proprement que s’il avait les yeux de Lyncée. Or, quand nous avons tous été couchés dans le temple, le sacrificateur est venu nous commander de dormir et de ne pas bouger, quelque chose que nous puissions voir et entendre. Moi, dans l’attente de quelque prodige, je me tenais bien éveillé, quand je vis mon homme qui prenait sur la table sacrée les figues, les gâteaux, toutes les offrandes, et qui les mettait dans un grand sac pour les emporter.

MYRTO

Est-ce là tout le miracle que tu as vu?

CARION

Non ; car j’ai vu Esculape comme je vous vois 1 Le sacrificateur venait d’éteindre toutes les lampes, lorsque le dieu de la santé, le père de tant de beaux enfants, le mien par conséquent, est arrivé du fond du sanctuaire, accompagné de ses deux prêtresses Jaso et Panacée.

MYRTO

Comment les as-tu vu sans lumière?

CARION

Je n’en sais rien; mais j’ai remarqué qu’en passant près de moi, l’une de ces dames rougissait et que l'autre baissait les yeux. Esculape s’est approché de Plutus et lui a essuyé le visage avec un linge fin. Puis il a sifflé, pendant que Panacée couvrait d’un voile de pourpre la tète de Plutus. Alors, deux serpents énormes sont accourus, ils se sont glissés sous lo voile, ils ont léché délicatement les yeux du malade...

MYRTO

Tu as vu cela malgré le voile ?

CARION

Parfaitement. Et tout aussitôt Plutus s’est levé, voyant et saluant tout lo montj^. Nous avons couru tous l’embrasser, et le voici qui arrive avec votre père. Ils ne viennent pas vite, au milieu de la foule qui se presse autour d’eux 1 Cha-

T H K A T RK )>E NOUANT

cun veut toucher et caresser Plulus, les pauvres se réjouissent, les riches trnipblcpt de perdre ses faveurs. Écoute?, voici les cris et les acclamations de triomphe, et, comme nous manquons de musiciens et de joueurs de (lù|e, votis allez entendre un vieillard que personne ne connaît, upp espèce de rapsode qui passait et qui s’est joint à nous, lequel célèbre ep très-joli langage les louanges dp Plutits et Ig joie des assistants.

4IVRT0.

C’est donc comme sur le théâtre d’Athènes, où la mode est venue de ne plus faire chanter le chœur, mais de faire parler un acteur qui se mêle à la pièGe?

CARION

Absolument. Écoutez, écoutez! Le voilà! les voilà tous! Évaf ! Évaï ! (On crie derrière le théâtre : « Kvaï ! Éva'i ! »)

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