‹ Théâtre de NohantChapitre 91 sur 208 · SCÈNE VIII LOUISE, COQUERET · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LOUISE, COQUERET

LOUISE

Il est temps d’arriver !

COQUERET, qui apporta |la veste et les pantoufles.

Ne me "ronde pas, Louise ! Ce n’est pas ma faute. Je ne pouvais pas trouver les pantoufles, je n’en trouvais qu’une. C’est les rats qui avaient promené l’autre jusque sous le lit. Dame, c’est la faute à monsieur! Il ne veut pas souffrir de chats dans la maison depuis ce gros matou qui t’avait mis le bras tout en sang, mèmement que monsieur en était sens dessus dessous, et que...

LOUISE

Cours donc le servir, bavard ! Il est en train de déjeuner! M’entends-tu ? A qui est-ce que je parle ?

COQUERET.

Eh bien, qu’est-ce que je fais ? J’y cours ! Mais écoute un mot, Louise ! T’as pas voulu écouter dans le pré ce que je voulais e dire. Tu m’as renvoyé très-durement, faut m’entendre ici

LOUISE

Non nous n’avons pas le temps.

COQUERET.

C’est le temps qu’il faut prendre ; monsieur vient d’arriver, il est de bonne humeur, je vais lui dire ça tout chaud.

• LOUISE

Comment? Quoi? Qu’est-ce que tu veux lui dire?

Je lui dirai que je t’aime, que je suis affoléde toi, que j’en deviens imbécile !...

LOUISE

Oui! essaye de lui dire ça, si tu veux qu’il t’envoie promener 1

LE PAVÉ

COQUERET.

Ça ne fait rien, ça sera dit, et, si tu veux dire comme moi...

LOUISE

En voilà assez. Je t’ai dit que ça ne se pouvait pas, que jo ne me voulais point marier de si tôt, et qu’il n’y fallait point du tout penser. Ne me parle donc plus de ça, je te le défends 1

(Coqoerct, qui a mis la veste et les pantoufles sur une chaise, s'assied dessus avec désespoir et se met à pleurer, la tête dans ses mains. Louise le regarde un instant, se détourne et se cache pour pleurer aussi. Louise essuie ses yeux.) Monsieur sonne ; allons 1 va !

COQUERET.

Non, je ne veu* plus servir, je me veux faire mourir I

LOUISE

Allons ! es-tu fou ? Veux-tu faire attendre monsieur?

Il y a dix ans que jo l’attends tous les jours, il peut bien m’attendre une fois !

LOUISE

Tu veux me faire de la peine ?

COQUERET.

Je peux bien t’en faire, je ne t’en ferai jamais autant comme tu m’en fais !

LOUISE, sévère.

Alors, tu n’as plus d’amitié pour moi? c’est fini?

COQUERET.

Pourquoi est-ce que j’aurais de l’amitié pour quelqu’un qui me déteste ?

LOUISE

Tu ne dis pas ce que tu penses. Nous avons été élevés ensemble, et lu sais que je t’aime beaucoup; mais je ne peux pas t’épouser. Ça ne dépend pas do ma volonté... Allons !...

COQUERET.

Tu mens! tu n’as plus ni mère, ni parents, ni rien ! tu ne dépends que de la volonté do monsieur, qui fait tout ce que tu Souhaites, et si... (On sonne encore.)

LOUISE

Allons, tu ne veux pas obéir ? J’y vais, inoi ! (Elle sort.)

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