‹ Théâtre de NohantChapitre 98 sur 208 · LOUISE, DURAND · texte numérisé non relu

LOUISE, DURAND

LOUISE

Monsieur... puisque vous dînez dehors, je crois qu’il serait temps de vous habiller. (Durand lui fait signe de ne pas le déranger.) Ah 1 il travaille, il travaille à réfléchir. Pauvre maître ! il souffre peut-être... Non, il ne se rend pas compte ;... mais je vois le danger, moi, et je ne sais plus comment me conduire... S’il m’aime, c’est qu’il est décidé à m’épouser. Quel malheur pour moi I J’en mourrai de chagrin !... Car de lui dire non après tout ce qu’il a fait pour moi, ça n’est pas possible. Je serais une ingrate, une lâche, un mauvais cœur! Si je m’en allais!... Ça serait pire, il aurait trop de chagrin; mais si je reste... ce pauvre Jean!... Mon Dieu! mon Dieu!... Pourquoi faut-il que monsieur ait pris tant d’amitié pour une pauvre fille qui aurait pu être si heureuse à son service avec...? Ah! le voilà qui se réveille doses pensées... Comme il est pâle! Est-ce qu’il serait malade?... Il ne manquerait plus que ça !

DURAND, brusquement.

Qu’est-ce que tu fais là?

LOUISE

J’attendais pour vous dire l’heure; mais... est-ce que monsieur n’est pas bien ?

DURAND, de mémo.

Moi?... Tu es folle !

Pourtant...

DURAND

Ne me parle pas. Je suis préoccupé... Je travaille !... Va, laisse-moi ! (Louise veut forlir.) OÙ vas-tu?

LOUISE

Vous me dites de m’en aller,

LE PAVE

DURAND

Co n’est pas «ne raison pour ne pas te demander où tu vas.

LOUISE

J’irai où vous voudrez.

DURAND

Ce n’est pas là une réponse... Où allais-tu?

LOUISE

Mais vraiment je ne sais pas, moi ! Je n’avais pas d’idée : je me retirais d’auprès de vous pour vous obéir, voilà tout.

DURAND, désarmé.

Écoute, Louise, (il i.i regarde.) Non, rien, une autre fois... Je ne me sens pas disposé... (a pari.) C'est incroyable, c’est absurde comme je souffre ! (il so rassied accablé.)

LOUISE

Si vous avez quelque reproche à me faire,... le plus tôt serait le mieux, monsieur; je me dépêcherais bien vite de ne jamais recommencer.

DURAND, irrite.

Ah! tu plaisantes! Tu répètes les paroles de M. Jean Coqueret !

LOUISE

Je voudrais vous faire rire. Quand vous riez, ça vous fait du bien !

DURAND

Je n’ai aucune envie de rire. Assieds-toi, et réponds... Allons, réponds sérieusement.

LOUISE

A quoi, monsieur?

DURAND

A quoi! à quoi!... N’as-tu rien à me dire, aucune confidence à me faire?

LOUISE

Mais... non.

DURAND

Tu hésites! Tu mens!

THEATRE DE il O H A N T

Page 1