‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 111 sur 277 · SCENE VIL CLITON, SABINE · texte numérisé non relu

SCENE VIL CLITON, SABINE

Tu vois que les effets préviennent les paroles,

C'eft un homme qui fait litière de pistoles,

Mais comme auprès de luy je puis beaucoup pour toy.

SABINE

Fay tomber de la pluye, & laiffe faire à moy.

CLITON

Tu viens d'entrer en gouft.

Avec mes révérences Je ne fuis pas encor fi dupe que tu penfes, Je fçay bien mon métier, & ma (implicite Joue auffi bien fon jeu, que ton avidité.

Si tu fçais ton métier, dy-moy quelle espérance

l88 LE MENTEUR.

Doit obstiner mon maiftre à la perfévérance. Sera-t'elle infenfible? en viendrons-nous à bout?

Puisqu'il eft fi brave homme, il faut te dire tout.

Pour te defabufer, fçache donc que Lucrèce

N'eft rien moins qu'infenfible à l'ardeur qui le preffe,

Durant toute la nuit elle n'a point dormy,

Et fi je ne me trompe elle l'aime à demy.

Mais fur quel privilège eft-ce qu'elle fe fonde Quand elle aime à demy, de maltraiter le monde ? Il n'en a cette nuit reçeu que des mépris. Chère amie, après tout, mon maiftre vaut fon prix, Ces amours à demy font d'une étrange espèce, Et s'il vouloit me croire, il quitteroit Lucrèce.

SABINE

Qu'il ne fe hafte point, on l'aime, affeurément,

CLITON

Mais on le luy témoigne un peu bien rudement, Et je ne vy jamais de méthodes pareilles.

Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles. Elle l'aime, & fon cœur n'y fçauroit confentir, Parce que d'ordinaire il ne fait que mentir. Hier mefme elle le vit dedans les Thuilleries,

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