‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 122 sur 277 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Le chois que vos bontez avoient fait de Clarice, Si-toft que je le fçeus, me parut un fupplice. Mais comme j'ignorois fi Lucrèce & fon fort Pouvoient avec le voftre avoir quelque rapport, Je n'ofay pas encor vous découvrir la flame Que venoient fes beautez d'allumer dans mon ame, Et j'avois ignoré, Monfieur, jusqu'à ce jour Que l'adreffe d'esprit fut un crime en amour. Mais fi je vous ofois demander quelque grâce, A prefent que je fçais, & fon bien, & fa race, Je vous conjurerois par les nœuds les plus doux Dont l'amour & le fang puiffent m'unir à vous, De féconder mes vœux auprès de cette belle ; Obtenez-la d'un père, & je l'obtiendray d'elle.

GERONTE.

Tu me fourbes encor.

DORANTE

Si vous ne m'en croyez, Croyez-en, pour le moins, Cliton, que vous voyez, Il fçait tout mon fecret.

GERONTE.

Tu ne meurs pas de honte Qu'il faille que de luy je faffe plus de conte, Et que ton père mefme en doute de ta foy Donne plus de croyance à ton valet, qu'à toy?

Ecoute, je fuis bon, & malgré ma colère, Je veux encor un coup montrer un cœur de père, Je veux encor un coup pour toy me hazarder.

Je connoy ta Lucrèce & la vay demander, Mais fi de ton collé le moindre obstacle arrive...

DORAN'TE

Pour vous mieux affeurer fouffrez que je vous fuive.

GEROS'TE.

Demeure icy, demeure, & ne fuy point mes pas, Je doute, je hazarde, & je ne te croy pas. Mais fçache que tantoft fi pour cette Lucrèce Tu fais la moindre fourbe, ou la moindre finefle, Tu peux bien fuir mes 3'eux, & ne me voir jamais, Autrement, fouvien-toy du ferment que je fais. Je jure les rayons du jour qui nous éclaire, Que tu ne mourras point que de la main d'un père, Et que ton fang indigne à mes pieds répandu Rendra prompte justice à mon honneur perdu.

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