SCENE IV
Devoit en galant-homme aller jusques à trois. Toutes tierces, dit-on, font bonnes ou mauvaifes.
DORANTE
Cliton, ne raille point, que tu ne me déplaifes, D'un trouble tout nouveau j'ay l'esprit agité.
N'eft-ce point du remords d'avoir dit vérité? Si pourtant ce n'eft point quelque nouvelle adrefle ; Car je doute à prefent fi vous aimez Lucrèce, Et vous voy fi fertile en femblables détours, Que, quoy que vous difiez, je l'entens au rebours.
Je l'aime, 8c fur ce point ta défiance eft vaine, Mais je hazarde trop, & c'eft ce qui me gefne. Si fon père «Se le mien ne tombent point d'accord, Tout commerce eft rompu, je fais naufrage au port, Et d'ailleurs quand l'affaire entre eux feroit conclue, Suis-je feur que la fille y foit bien réfoluë? J'ay tantoft veu paffer cet objet fi charmant, Sa compagne, ou je meure, a beaucoup d'agrément. Aujourd'huy que mes yeux l'ont mieux examinée, De mon premier amour j'ay l'ame un peu gefnée, Mon cceur entre les deux eft presque partagé. Et celle-cy l'auroit s'il n'étoit engagé.
Mais pourquoy donc montrer une flame fi grande, Et porter voftre père à faire une demande r
DORANTE
Il ne m'auroit pas crû fi je ne l'avois fait.
CLITON
Quoy, mefme en difant vray vous mentiez en effet ?
DORANTE
C'étoit le feul moyen d'apaifer fa colère.
Que maudit foit quiconque a détrompé mon père,
Avec ce faux Hymen j'aurois eu le loifir
De confulter mon cœur, & je pourrois choifir.
CLITON
Mais fa compagne enfin n'eft autre que Clarice.
Je me fuis donc rendu moy-mefme un bon office, O qu'Alcippe eft heureux & que je fuis confus 1 Mais Alcippe, après tout, n'aura que mon refus. N'y penfons plus, Cliton, puisque la place eft prife.
CLITON
Vous en voila défait auffi-bien que d'Orphife.
DORANTE
Reportons à Lucrèce un esprit ébranlé,
Que l'autre à fes yeux mefme avoit presque volé.
Mais Sabine furvient.