ACTE I, SCENE VI
DORANTE
Rien n'eft fi véritable.
Je ne fçais où j'en fuis, & deviens tout confus. Ne m'aviez- vous pas dit que vous ne mentiez plus?
DORANTE
J'ay veu fur fon vifage un noble cara&ére Qui me parlant pour luy m'a forcé de me taire, Et d'une voix connue entre les gens de cœur M'a dit, qu'en le perdant, je me perdois d'honneur. J'ay crû devoir mentir, pour fauver un brave homme ,
Et c'eft ainfi, Monfieur, que l'on s'amende à Rome' Je me tiens au Proverbe, ouy, courez, voyagez, Je veux eftre Guenon fi jamais vous changez, Vous mentirez toujours, Monfieur, fur ma parole. Croyez-moy que Poitiers eft une bonne école, Pour le bien du Public je veux le publier, Les leçons qu'on y prend ne peuvent s'oublier.
DORANTE
Je ne mens plus, Cliton, je t'en donne afTeurance, Mais en un tel fujet l'occafion dispenfe.
Vous en prendrez autant comme vous en verrez, Menteur vous voulez vivre, & menteur vous mourrez.
Et l'on dira de vous pour Oraifon funèbre :
C'étoit en mcnterie un Autheur tres-célébre,
Qui /cent y raffiner de fi digne façon
Qu'aux maijîres du initier il en eujl fait leçon,
Et qui tant qu'il vécut, fans craindre aucune risque,
Aux plus forts d'après luy pujl donner quinze & bisque.
DORAXTE.
Je n'ay plus qu'à mourir, mon Epitaphe eft fait, Et tu rn'érigeras en Cavalier parfait.
Tu ferois violence à l'humeur la plus triste : Mais fans plus badiner, va-t'en chercher Philiste, Donne-luy cette lettre, & moy, fans plus mentir Avec les prifonniers j'iray me divertir.
Fin du premier Aàe.