‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 148 sur 277 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MELISSE, LYSE.

mélisse tenant une lettre ouverte en fa main. Certes il écrit bien, fa lettre eft excellente.

LYSE

Madame, fa perfonne eft encor plus galante, Tout eft charmant en luy, fa grâce, fon maintien..

MELISSE.

Il femble que déjà tu luy veuilles du bien?

LYSE

J'en trouve, à dire vray, la rencontre fi belle, Que je voudrois l'aimer, fi j'étois Demoifelle. Il eft riche, & de plus, il demeure à Paris, Où des Dames, dit-on, eft le vray Paradis, Et ce qui vaut bien mieux que toutes ces richefles, Les maris y font bons, & les femmes maitrefles ; Je vous le dis encor, je m'y pafTerois bien, Et fi j'étois fon fait, il feroit fort le mien.

Tu n'es pas dégoûtée. Enfin Lyfe, fans rire, C'eft un homme bien fait?

LYSE

Plus que je ne puis dire.

MELISSE.

A fa lettre il paroift qu'il a beaucoup d'esprit; Mais, dy-moy, parle-t'il auffibien qu'il écrit?

Pour luy faire en discours montrer fon éloquence, Il luy faudroit des gens de plus de conféquence ; C'eft à vous d'éprouver ce que vous demandez.

MELISSE.

Et que croit-il de moy ?

LYSE

Ce que vous luy mandez.

Que vous l'avez tantoft veu par voftre feneftre, Que vous l'aimez déjà.

MELISSE.

Cela pourroit bien eftre.

LYSE

Sans l'avoir jamais veu ?

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