ACTE II, SCENE I. 2jg
LYSE
Il eft riche, &' parent des premiers de Lyon.
MELISSE.
Et c'eft ce qui le porte à plus d'ambition.
S'il me voit quelquefois, c'eft comme par furprife,
Dans fes civilitez on diroit qu'il méprife,
Qu'un feul mot de fa bouche eft un rare bonheur,
Et qu'un de fes regards eft un excès d'honneur.
L'amour mefme d'un Roy me feroit importune,
S'il falloit la tenir à fi haute fortune.
La fienne eft un trefor qu'il fait bien d'épargner,
L'avantage eft trop grand, j'y pourrois trop gagner.
Il n'entre point chez nous, & quand il me rencontre.
Il femble qu'avec peine à mes yeux il fe montre,
Et prend l'occaûon avec une froideur
Qui craint en me parlant d'abaiffer fa Grandeur.
LYSE
Peut-eftre il eft timide, & n'ofe davantage.
S'il craint, c'eft que l'amour trop avant ne l'engage, Il voit fou vent mon frère, & ne parle de rien.
LYSE
Mais vous le recevez, ce me femble, affez bienr
MELISSE.
Comme je ne fuis pas en amour des plus fines, Faute d'autre, j'en fouffre, & je luy rens fes -mines;
Mais je commence à voir que de tels cajoleurs Ne fout qu'effaroucher les partis les meilleurs, Et ne doy plus fouffrir qu'avec cette grimace D'un véritable Amant il occupe la place.
LYSE
Je l'ay veu pour vous voir faire beaucoup de tours.
Qui l'empefche d'entrer, & me voir tous les jours Cette façon d'agir eft-elle plus polie?
Croit-il...
LYSE
Les amoureux ont chacun leur folie.
La fienne eft de vous voir avec tant de respect, Qu'il paffe pour fuperbe, & vous devient fuspecL Et la voftre, un dégouft de cette retenue, Qui vous fait méprifer la perfonne connue, Pour donner voftre estime, & chercher avec foin L'amour d'un inconnu, parce qu'il eft de loin.