ACTE II, SCENE II. 2tl
Sans ine connoiftre il me croit l'ame atteinte., due je l'ay veu conduire en ce triste fejour, Que ma lettre, & l'argent font des effets d'amour, Et Lyfe qui l'a veu m'en dit tant de merveilles, Qu'elle fait presque entrer l'amour par les oreilles.
CLE AND RE
Ah, li tu fçavois tout!
MELISSE.
Elle ne laiife rien, Elle en vante l'esprit, la taille, le maintien, Le vifage attrayant, & la façon modeste.
CLE ANDRE
Ah, que c'eft peu de chofe, au prix de ce qui reste !
MELISSE.
Que reste-t'il à dire? un courage invaincu ?
CLEANDRE.
C'eft le plus généreux qui jamais ait vécu,
C'eft le cœur le plus noble, & l'ame la plus haute...
Quoy? vous voulez, mon frère, ajouter à la faute Percer avec ces traits un coeur qu'il a bleffé, Et vous-mefme achever ce qu'elle a cornu:
CLEAXDRE,
Ma fceur, à peine fçay-je encor comme il fe nomme, Et je fçay qu'on n'a veu jamais plus honnefte homme. Et que ton frère enfin périroit aujourd'huy, Si nous avions affaire à tout autre qu'à luy.
Quoy que noftre partie aye été fi fecrette Que j'en dûlTe espérer une feure retraite, Et que Florange & moy (comme je t'ay conté) Afin que ce duel ne pûft eftre éventé, Sans prendre de féconds, l'euffions faite de forte Que chacun pour fortir choifit diverfe porte, Que nous n'euffions enfemble été veus de huit jours, Que presque tout le monde ignorait nos amours, Et que Foccalîon me fût fi favorable, Que je vy l'innocent faiû pour le coupable; (Je croy te l'avoir dit, qu'il nous vint féparer, Et que fur fon cheval je fçeus me retirer) Comme je me montrois, afin que ma prefence Donnaft lieu d'en juger une entière innocence, Sur le bruit épandu, que le deffunt & moy D'une mefme beauté nous adorions la loy, Un Prevoft foupçonneux me faifit dans la rue, Me mène au prifonnier, & m'expofe à fa veuë. Juge quel trouble j'eus de me voir en ces lieux : Ce Cavalier me voit, m'examine des yeux, Me reconnoit, je tremble encor à te le dire, Mais appren fa vertu, chère fceur, & l'admire.
Ce grand cœur, fe voyant mon destin en la main. Devient pour me fauver à foy-mefme inhumain, Luy, qui fouffre pour moy, fçait mon crime, & le nie