‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 154 sur 277 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

A force de prefens il fe croit acquiter, Mais le redoublement ne fait que rebuter. Si le premier oblige un homme de mérite, Le fécond l'importune, & le reste l'irrite, Et paffé le befoin, quoy qu'on luy puiffe offrir, C'eft un accablement qu'il ne fçauroit fouffrir.

L'Amour eft libéral mais c'eft avec adrefTe, Le prix de fes prefens eft en leur gentilleffe, Et celuy qu'à Dorante exprès tu vas porter, Je veux qu'il le dérobe, au lieu de l'accepter. Ecoute une pratique affez ingénieufe.

LYSE

Elle doit eftre belle, & fort mistérieufe.

Au lieu des diamants dont tu viens de parler, Avec quelques douceurs il faut le régaler, Entrer fous ce prétexte, & trouver quelque voye Par où fans que j'y fois, tu fafTes qu'il me voye. Porte-luy mon portrait, & comme fans deffein Fay qu'il puiffe aifément le furprendre en ton fein : Feins lors pour le r'avoir un déplaifir extrême, S'il le rend, c'en eft fait; s'il le retient, il m'aime.

LYSE

A vous dire le vray, vous en fçavez beaucoup.

MELISSE.

L'Amour eft un grand maiftre, il instruit tout d'un coup. IV. 34

Il vient de vous donner de belles tablatures.

Vien quérir mon portrait avec des confitures, Gomme pourra Dorante en ufer bien, ou mal, Nous réfoudrons après touchant l'original.

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