‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 160 sur 277 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

C LIT ON

Ahl tu me fais l'amour un peu bien rudement.

LYSE

Eft-ce à toy de parler, que n'attens-tu ton heure ?

DORANTE

Sçaurons-nous cette fois fon nom. ou fa demeure? LYSE.

Non pas encor fi-toft.

DORANTE

Mais te vaut-elle bien?

Parle-moy franchement, & ne déguife rien.

LYSE

A. ce conte, Monfieur, vous me trouvez paffable?

DORANT 1

Je te trouve de taille, & d'esprit agréable, Tant de grâce en l'humeur, «Se tant d'attrait aux veu> Qu'à te dire le vray, je ne voudrois pas mieux. Elle me charmera, pourveu qu'elle te vaille.

Ma maitrelfe n'eft pas tout à fait de ma taille, Mais elle me furpafTe en esprit, en beauté, Autant, & plus encor, Monfieur, qu'en qualité.

DORANTE

Tu fçais adroitement couler ta flaterie. Que ce bout de ruban a de galanterie ! Je le veux dérober, mais qu'eft-ce qui le fuit?

Rendez-le-moy, Monfieur, j'ay hafte, il s'en va nuit.

DORANTE

Je verray ce que c'eft.

LYSE

C'eft une mignature.

DORANTE

O le charmant portrait ! l'adorable peinture ! Elle eft faite à plaifir.

LYSE

Après le naturel.

DORANTE

Je ne croy pas jamais avoir rien veu de tel.

LYSE

Ces quatre diamants dont elle eft enrichie

Ont fous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie

Et je cours de ce pas y faire regarder.

DORANTE

Et quel eft ce portrait?

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