LYS
J'amène icy ma fœur parce qu'il s'en va nuit. Mais vous penfez en vain chercher une défaite, Demandez-luy, Monfieur, quelle vie on m'a faite.
DORANTE
Quoy, ta maîtrefTe fçait que tu me l'as laifTé?
Elle s'en eft doutée, & je l'ay confeffé.
DORANTE
Elle s'en eft donc mife en colère ?
Et fi forte, Que je n'ofe rentrer fi je ne le rapporte : Si vous vous obstinez à me le retenir, Je ne fçais dès ce foir, Monfieur, que devenir, Ma fortune eft perdue, & dix ans de fervice.
DORANTE
Ecoute, il n'eft pour toy chofe que je ne fifie, Si je te nuis icy, c'eft avec grand regret, Mais on aura mon cœur avant que ce portrait.
Va dire de ma part à celle qui t'envoye Qu'il fait tout mon bonheur, qu'il fait toute ma joye,
Que rien n'approcheroit de mon raviffement, Si je le poffédois de fon confentement; Qu'il eft l'unique bien où mon espoir fe fonde, Qu'il eft le feul trefor qui me foit cher au Monde : Et quant à ta fortune, il eft en mon pouvoir De la faire monter par-de-là ton espoir.
Je ne veux point de vous, ny de vos recompenfes.
DORANTE
Tu me dédaignes trop.
LYSE
Je le doy.
CLITON
Tu l'offences,
Mais voulez-vous, Monfieur, me croire, & vous veng Rendez-luy fon portrait, pour la faire enrager.
O le grand habile homme ! il y connoit fineffe. C'eft donc ainfî, Monfieur, que vous tenez prorneffe Mais puisqu'auprès de vous j'ay fi peu de crédit, Demandez à ma fœur ce qu'elle m'en a dit, Et fi c'eft fans raifon que j'ay tant l'épouvante.
DORANTE
Tu verras que ta fœur fera plus obligeante :