ACTE III , SCENE III
Dans le cœur de Madame elle croit pénétrer, Mais fon front en rougit, & n'ofe fe montrer.
m E li s s e Je dècou vran t .
Mon front n'en rougit point, & je veux bien qu'il voye, D'où luy vient ce confeil qui luy rend tant de joye.
DORANTE
Mes yeux, que voy-je? où fuis-je? étes-vous des flateurs? Si le portrait dit vray,.les habits font menteurs, Madame, c'eft ainfi que vous fçavez furprendre!
C'eft ainfi que je tafche à ne me point méprendre, A voir fi vous m'aimez, & fçavez mériter Cette parfaite amour que je vous veux porter.
Ce portrait eft à vous, vous l'avez fçeu défendre, Et de plus fur mon cœur vous pouvez tout prétendre, Mais par quelque motif que vous l'euffiez rendu, L'un & l'autre à jamais étoit pour vous perdu. Je retirois le cœur en retirant ce gage, Et vous n'euffiez de moy jamais veu que l'image. Voila le vray fujet de mon déguifement. Pour ne rien bazarder, j'ay pris ce vêtement, Pour entrer fans foupçon, pour en fortir de mefme, Et ne me point montrer, qu'ayant veu fi l'on m'aime.
DORANTE
Je demeure immobile, & pour vous répliquer, Je perds la liberté mefme de m'expliquer.
Surpris, charmé, confus d'une telle merveille, Je ne fçais fi je dors, je ne fçais fi je veille, Je ne fçais fi je vis, & je fçais toutefois Que ma vie eft trop peu pour ce que je vous doy, Que tous mes jours ufez à vous rendre fervice, Que tout mon fang pour vous offert en facrifice, Que tout mon cœur bruflé d'amour pour vos appas, Envers voftre beauté ne m'acquiteroient pas.
MELISSE.
Sçachez, pour arrêter ce discours qui me flate,
Que je n'ay pu moins faire à moins que d'eftre ingrate
Vous avez fait pour moy plus que vous ne fçavez,
Et je vous doy bien plus que vous ne me devez.
Vous m'entendrez un jour. A prefent je vous quitte,
Et malgré mon amour je romps cette vifite,
Le foin de mon honneur veut que j'en ufe ainfi ;
Je crains à tous momens qu'on me furprenne icy,
Encor que déguifée, on pourroit me connoiftre.
Je vous puis cette nuit parler par ma feneftre,
Du moins fi le Concierge eft homme à confentir
A force de prefens, que vous puiffiez fortir.
Un peu d'argent fait tout chez les gens de fa forte.
DORANTE
Mais après que les dons m'auront ouvert la porte, Où doy-je vous chercher?
Ayant fçeu la maifon Vous pourriez aifement vous informer du nom,