SCENE PREMIERE
MELISSE, LYSE.
J'en tremble encor de peur, & n'en fuis pas remife.
LYSE
Aulïï-bien comme vous je penfois eftre prife.
MELISSE.
Non, Philiste n'eft fait que pour m'incommoder, Voyez ce qu'en ces lieux il venoit demander, S'il eft heure fi tard de faire une vifite.
Un amy véritable à toute heure s'acquite, Mais un Amant fafcheux, foit de jour, foit de nuit, Toujours à contre-temps à nos yeux fe produit, Et depuis qu'une fois il commence à déplaire,
A CIT. IV, SCENE i. 3o<;
Il ne manque jamais d'occafion contraire,
Tant fon mauvais destin femble prendre de foins
A méfier fa prefence, où l'on la veut le moins !
MELISSE.
Quel defordre euft-ce été, Lyfe, s'il m'euft connue?
Il vous auroit donné fort avant dans la veuë.
MELISSE.
Quel bruit, & quel éclat n'euft point fait fon couroux?
LYSE
Il euft été peut eftre auffi honteux que vous.
Un homme un peu content, & qui s'en fait accroire Se voyant méprifé, rabat bien de fa gloire, Et furpris qu'il en eft en telle occafion, Toute fa vanité tourne en confufion.
Quand il a de l'esprit il fçait rendre le change, Loin de s'en émouvoir en raillant il fe venge, Affecte des mépris, comme pour reprocher Que la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fafcher; Tant qu'il peut il témoigne une ame indifférente. Quoy qu'il en foit enfin vous avez veu Dorante, Et fort adroitement je vous ay mife en jeu.
MELISSE.
Et fort adroitement tu m'as fait voir fon feu.
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Et bien, mais que vous femble encor du perfonnage? Vous en ay-je trop dit?
MELISSE. -
J'en ay veu davantage.
Avez-vous du regret d'avoir trop hazardér
MELISSE.
Je n'av qu'un déplaifir d'avoir fi peu tardé.
LTSE.
Vous l'aimez r
MELISSE.
Je l'adore.
Et crovez qu'il vous aime
Qu'il m'aime, & d'une amour comme la mienne extn
Une première veuë, un moment d'entretien Vous fait ainfi tout croire &: ne douter de rien !
MELISSE.
Quand les ordres du Ciel nous ont faits l'un pour l'ai