ACTE IV, SCEN'E I
Lyfe, c'eft un accord bien-toft fait que le noftre,
Sa main entre les cœurs par un fecret pouvoir
Sème l'intelligence avant que de fe voir;
Il prépare fi bien l'Amant & la Maîtreffe
Que leur ame au feul nom s'émeut & s'intérefTe,
On s'estime, on fe cherche, on s'aime en un moment,
Tout ce qu'on s'entredit perfiiade aifément,
Et fans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles,
La foy femble courir au devant des paroles.
La langue en peu de mots en explique beaucoup,
Les yeux plus éloquens font tout voir tout d'un coup,
Et dequoy qu'à l'envy tous les deux nous instruifent,
Le cœur en entend plus, que tous les deux n'en difent.
Si, comme dit Sylvandre, une ame en fe formant, Ou descendant du Ciel, prend d'une autre l'Aimant, La fienne a pris le voftre, & vous a rencontrée.
MELISSE.
Quoy, tu lis les Romans ?
Je puis bien lire Astrée, Je fuis de fon village, & j'ay de bons garands Qu'elle & fon Céladon étoient de nos parens.
MELISSE.
Quelle preuve en as-tu?
Ce vieux faule, Madame,
Où chacun d'eux cachoit fes lettres & fa flarae, Quand le jaloux Sémire en fit un faux témoin. Du pré de mon grand père il fait encor le coin, Et l'on m'a dit que c'en: un infaillible figne Que d'un fi rare Hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas?
MELISSE.
De vray c'eft un grand
Aurois-je tant d'esprit fi cela n'étoit point? D'où viendroit cette adreffe à faire vos meflages, A jouer avec vous de fi bons perfonnages, Ce tréfor de lumière, & de vivacité, Que d'un fang amoureux que j'ay d'eux hérité?
MELISSE.
Tu le difois tantoft chacun a fa folie,
Les uns l'ont importune, & la tienne eft jolie.