ACTE IV, SCENE II
CLEANDRE.
Et c'eft dont je me plains.
J'ay creu vous obliger & l'ay fait pour vous plaire. Voftre ordre étoit exprès.
Quoy? je te l'ay fait faire?
Ne m'avez-vous pas dit, fous ces dègnifemens
Ajoute à ton argent perles, & diamants?
Ce font vos propres mots, & vous en êtes caufe.
CLEAXDRE.
Et quoy? de ce portrait difent-ils quelque chofe?
MELISSE.
Puisqu'il eft enrichy de quatre diamants, N'eft-ce pas obéir à vos commandemens?
CLEANDRE.
C'eft fort bien expliquer le fens de mes prières; Mais, ma feeur, ces faveurs font un peu finguliéres, Qui donne le portrait promet l'original.
MELISSE.
C'eft encore voftre ordre, ou je m'y connoy mal.
Xe m'avez-vous pas dit, pren foncy de vie plaire, Et voy ce que tu dois à qui te fauve un frère? Puisque vous luy devez, & la vie, & l'honneur, Pour vous en revancher, doy-je moins que mon cœur, Et doutez-vous encor à quel point je vous aime, Quand pour vous acquiter je me donne moy-mefme?
CLEANDRE,
Certes, pour m'obéïr avec plus de chaleur, Vous donnez à mon ordre une étrange couleur, Et prenez un grand foin de bien payer mes debtes ; Non que mes volontez en foient mal fatisfaites, Loin d'éteindre ce feu je voudrois l'allumer, Qu'il euft dequoy vous plaire, & vouluft vous aimer. Je tiendrois à bonheur de l'avoir pour beau frère, J'en cherche les moyens, j'y fais ce qu'on peut faire, Et c'eft à ce deflein qu'au fortir de prifon Je viens de l'obliger à prendre la maifon, Afin que l'entretien produife quelques fiâmes Qui forment doucement l'union de vos âmes. Mais vous fçavez trouver des chemins plus aifez ; Sans fçavoir s'il vous plaift, ny fi vous luy plaifez, Vous penfez l'engager en luy donnant ces gages, Et luy donnez fur vous de trop grands avantages.
Que fera-ce, ma fœur, fi quand vous le verrez, Vous n'y rencontrez pas ce que vous espérez? Si quelque averfion vous prend pour fon vifage? Si le voftre le choque, ou qu'un autre l'engage, Et que de ce portrait donné légèrement Il érige un trophée à quelque objet charmant?