‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 204 sur 277 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

DORANTE, PHILISTE, CLEANDRE.

MELISSE, LYSE, CLITON.

CLEANDRE.

Ma iceur auriez- vous crû? Vous montrez peu de joye! En fi bon entretien qui vous peut attrister?

mélisse à Cléandre.

J'en coutois le fujet, vous pouvez l'écouter.

à Philiste.

Vous m'aimez, je l'ay fçeu, de voftre propre bouche, Je l'ay fçeu de Dorante, & voftre amour me touche, Si trop peu, pour vous rendre un amour tout pareil, Affez pour vous donner un fidclle confeil.

Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate,

J'aime ailleurs, c'eft en vain qu'un faux espoir vous flate

J'aime, & je fuis aimée, & mon frère y confent,

Mon chois eft aufiï beau, que mon amour puiffant,

Vous l'auriez fait pour moy fi vous étiez mon frère,

C'eft Dorante en un mot qui feul a pu me plaire.

Ne me demandez point, ny quelle occafion,

Ny quel temps entre nous a fait cette union,

S'il la faut appeller, ou furprife, ou constance,

Je ne vous en puis dire aucune circonstance.

Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'huy

L'estime & l'aime affez, pour le loger chez luy,

Et d'apprendre de moy que mon cœur fe propofe

Le change & le tombeau pour une mefme chofe.

Lors que noftre destin nous fembloit-le plus doux,

Vous l'avez obligé de me parler pour vous,

Il l'a fait, & s'en va pour vous quitter la place :

Jugez par ce discours quel malheur nous menace.

Voila cet accident qui le fait retirer,

Voila ce qui le trouble, & qui me fait pleurer,

Voila ce que je crains, & voila les alarmes

D'où viennent fes foufpirs, & d'où oaiffeot mes larmes.

PHILISTE

Ce n'eft pas là, Dorante, agir en Cavalier.

Sur ma parole encor vous êtes prifonnier,

Voftre liberté n'eft qu'une prifon plus large,

Et je réponds de vous, s'il furvient quelque charge;

Vous partez cependant, & fans m'en avertir!

Rentrez dans la prifon dont vous vouliez fortir.

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