‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 209 sur 277 · ACTE r, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE r, SCENE I

Les biens & les honneurs qu'elle vous a fauvez. Quand Dioclétian fut maiftre de l'Empire...

PLACIDE

Mon père étoit perdu, c'eft ce que tu veux dire,

Si-toft qu'à fon party le bonheur eut manqué,

Sa tefte fut proscrite & fon bien confisqué,

On vit à Marcellin fa dépouille donnée :

Il fçeut la racheter par ce triste Hyménée,

Et forçant fon grand cœur à ce honteux lien,

Luy-mefme il fe livra pour rançon de fon bien.

Deflors on affervit jusques à mon enfance,

De Flavie avec moy l'on conclut l'alliance,

Et depuis ce moment Marcelle a fait chez nous

Un destin que tout autre auroit trouvé fort doux.

La Dignité du fils comme celle du père

Descend du haut pouvoir que luy donne ce frère:

Mais à la regarder de l'œil dont je la voy,

Ce n'eft qu'un joug pompeux qu'on veut jetter fur moy.

On élève chez nous un Trofne pour fa fille,

On y féme l'éclat dont on veut qu'elle brille,

Et dans tous ces honneurs je ne vois en effet

Qu'un infâme dépoft des prefens qu'on luy fait.

CLF.OBULE.

S'ils ne font qu'un déport du bien qu'on luy veut faire, Vous en êtes, Seigneur, mauvais dépofitaire, Puisqu'avec tant d'effort on vous voit travailler A mettre ailleurs l'éclat dont elle doit briller. Vous aimez Théodore, & voftre ame ravie

Luy veut donner ce Trofne élevé pour Flavie, C'eft là le fondement de voftre averfion.

PLACIDE

Ce n'eft point un fecret que cette paffion,

Flavie au lit malade en meurt de jaloufie,

Et dans l'afpre dépit dont fa mère eft faifie,

Elle tonne, foudroyé, & pleine de fureur,

Menace de tout perdre auprès de l'Empereur :

Comme de fes faveurs, je ry de fa colère,

Quoy qu'elle ait fait pour moy, quoy qu'elle puiffe faire

Le paffé fur mon cœur ne peut rien obtenir,

Et je laiffe au hazard le foin de l'avenir.

Je me plais à braver cet orgueilleux courage,

Chaque jour pour l'aigrir je vay jusqu'à l'outrage;

Son ame impérieufe, & prompte à fulminer

Ne fçauroit me haïr jusqu'à m'abandonner.

Souvent elle me flate alors que je l'offence,

Et quand je l'ay pouffée à quelque violence,

L'amour de fa Flavie en rompt tous les effets,

Et l'éclat s'en termine à de nouveaux bien-faits.

Je la plains toutefois, & plus à plaindre qu'elle,

Comme elle aime un ingrat, j'adore une cruelle,

Dont la rigueur la venge, & rejettant ma foy,

Me rend tous les mépris que Flavie a de moy.

Mon fort des deux coftez mérite qu'on le plaigne,

L'une me perfécute, & l'autre me dédaigne.

Je hay qui m'idolâtre, & j'aime qui me fuit,

Et je pourfuis en vain, ainfi qu'on me pourfuit.

Telle eft de mon destin la fatale injustice,

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