‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 210 sur 277 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Telle eft la tyrannie enfemble, & le caprice

Du Démon aveuglé, qui fans discrétion

Verfe l'Antipathie, & l'Inclination,

Mais puisqu'à d'autres yeux je paroy trop aimable,

Que peut voir Théodore en moy de méprifable?

Sans doute elle aime ailleurs, & s'impute à bonheur

De préférer Didyme au fils du Gouverneur.

CLEOBULE.

Comme elle je fuis né, Seigneur, dans Antioche, Et par les droits du fang je luy fuis affez proche, Je connoy fon courage, & vous répondray bien Qu'étant fourde à vos vœux, elle n'écoute rien, Et que cette rigueur dont voftre amour l'accufe Ne donne point ailleurs ce qu'elle vous refufe. Ce malheureux rival dont vous êtes jaloux, En reçoit chaque jour plus de mépris que vous.

Mais quand mefme fes feux répondroient à vos fiâmes, Clu'une amour mutuelle uniroit vos deux âmes, Voyez où cette amour vous peut précipiter, Quel orage fur vous elle doit exciter, Ce que dira Valens, ce que fera Marcelle; Souffrez que fon parent vous die enfin pour elle...

Ah! fi je puis encor quelque chofe fur toy, Ne me dy rien pour elle, & dy-luy tout pour moy. Dy-luy que je fuis feur des bontez de mon père, Ou que s'il fe rendoit d'une humeur trop févére, L'Egypte où l'on m'envoye eft un azile ouvert

Pour mettre noftre flame, & noftre heur à couvert.

Là faifis d'un rayon des puiffances fuprémes

Nous ne recevrons plus de loix, que de nous-mefmes ;

Quelques noires vapeurs que puiffent concevoir

Et la mère & la fille enfemble au defespoir,

Tout ce qu'elles pourront enfanter de tempeftes,

Sans venir jusqu'à nous, crèvera fur leurs teftes,

Et nous érigerons en cet heureux fejour

De leur rage impuiffante un trophée à l'Amour.

Parle, parle pour moy, preffe, agy, perfûade, Fay quelque chofe enfin pour mon esprit malade, Fay-luy voir mon pouvoir, fay-luy voir mon ardeur : Son dédain eft peut eftre un effet de fa peur, Et fi tu luy pouvois arracher cette crainte, Tu pourrois diffiper cette froideur contrainte, Tu pourrois... Mais je voy Marcelle'qui furvient.

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