ACTE II, SCEXE VI
Ouy, fans plus de demeure, Pour l'intéreft des Dieux, je confens qu'elle meure, Indigne de la vie, elle doit en fortir; Mais pour voftre intéreft, je n'y puis confentir. Quoy, Madame, la perdre eft-ce gagner Placide? Croyez-vous que fa mort le change, ou l'intimide? Que ce foit un moyen d'eftre aimable à fes yeux due de mettre au tombeau ce qu'il aime le mieux? Ah! ne vous flatez point d'une espérance vaine, En cherchant fon amour, vous redoublez fa haine, Et dans le defespoir, où vous l'allez plonger, Loin d'en aimer la caufe il voudra s'en venger. Chaque jour à fes yeux cette Ombre enfanglantée, Sortant des tristes nuits où vous l'aurez jettée, Vous peindra toutes deux, avec des traits d'horreur, Qui feront de fa haine une aveugle fureur, Et lors, je ne dis pas tout ce que j'appréhende. Son ame eft violente, & fon amour eft grande, Verfer le fang aimé, ce n'eft pas l'en guérir, Et le defespérer, ce n'eft pas l'acquérir.
MARCELLE
Ainfi donc vous biffez Théodore impunie?
VALENS
Non, je la veux punir, mais par l'ignominie, Et pour forcer Placide à vous porter fes vœux, Rendre cette Chrétienne indigne de fes feux.
Je ne vous entens point.
VALENS
Contentez-vous, Madame, due je voy pleinement les defirs de voftre ame, Que de voftre intéreft je veux faire le mien : Allez, & fur ce point ne demandez plus rien. Si je m'expliquois mieux, quoy que fon ennemie, Vous la garantiriez d'une telle infamie, Et quelque bon fuccès qu'il en faille espérer, Voftre haute vertu ne pourroit l'endurer. Agréez ce fupplice, & fans que je le 'nomme, Sçachez qu'affez fouvent on le pratique à Rome, Qu'il eft craint des Chrétiens, qu'il plaift à l'Empereur, Qu'aux filles de fa forte il fait le plus d'horreur, Et que ce digne objet de voftre juste haine Voudroit de mille morts racheter cette peine.
MARCELLE
Soit que vous me vouliez éblouir ou venger, Jusqu'à l'événement, je n'en veux point juger. Je vous en laiffe faire. Adieu, dispofez d'elle, Mais gardez d'oublier, qu'enfin je fuis Marcelle, Et que fi vous trompez un fi juste couroux, Je me fçauray bien-toft venger d'elle, & de vous.