‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 233 sur 277 · VALENS, PAULIN · texte numérisé non relu

VALENS, PAULIN

VALENS

L'impérieufe humeur! voy comme elle me brave, Comme fon fier orgueil m'ofe traiter d'esclave.

Seigneur, j'en fuis confus, mais vous le méritez, Au lieu d'y refister, vous vous y foûmettez.

Ne t'imagine pas que dans le fond de l'ame

Je préfère à mon fils les fureurs d'une femme ;

L'un m'eft plus cher que l'autre, & par ce triste Arreft

Ce n'eft que de ce fils que je prens l'intéreft.

Théodore eft Chrétienne, & ce honteux fupplice Vient moins de ma rigueur, que de mon artifice. Cette haute infamie où je veux la plonger Eft moins pour la punir, que pour la voir changer. Je connoy les Chrétiens, la mort la plus cruelle Affermit leur constance, & redouble leur zélé, Et fans s'épouvanter de tous nos châtimens Ils trouvent des douceurs au milieu des tourmens. Mais la pudeur peut tout fur l'esprit d'une fille Dont la vertu répond à l'illustre famille, Et j'attens aujourd'huy d'un fi puiffant effort

Ce que n'obtiendroient pas les frayeurs de la mort. Après ce grand effet, j'oferay tout pour elle, En dépit de Flavie, en dépit de Marcelle, Et je n'ay rien à craindre auprès de l'Empereur, Si ce cœur endurcy renonce à fon erreur. Luy-mefme il me loûra d'avoir fçeu l'y réduire, Luy-mefme il détruira ceux qui m'en voudroient nuire J'auray lieu de braver Marcelle, & fes amis: Ma vertu me foûtient où fon crédit m'a mis, Mais elle me perdroit, quelque rang que je tienne, Si j'ofois à fes yeux fauver cette Chrétienne. Va la voir de ma part, & tafche à l'étonner, Dy-luy qu'à tout le Peuple on va l'abandonner, Tranche le mot enfin, que je la prostitue; Et quand tu la verras troublée, & combatùe, Donne entrée à Placide, & fouffre que fon feu Tafche d'en arracher un favorable aveu.

Les larmes d'un Amant, & l'horreur de fa honte Pourront fléchir ce cœur, qu'aucun péril ne dompte, Et lors elle n'a point d'ennemis fi puiffants, Dont elle ne triomphe, avec un peu d'encens, Et cette ignominie, où je l'ay condamnée Se changera foudain en heureux Hyménée.

Voftre prudence eft rare, & j'en fuivray les loix. Daigne le juste Ciel féconder voftre chois, Et par une influence un peu moins rigoureufe Dispofer Théodore à vouloir eftre heureufe !

Fin du fécond Aâe.

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