ACTE III, SCEXE I
Les Dieux font au deffus des Rois dont vous fortez, Et l'on vous traite icy, comme vous les traitez. Vous les deshonorez & l'on vous deshonore.
Vous leur immolez donc l'honneur de Théodore,
A ces Dieux, dont enfin la plus fainte action
N'eft qu'inceste, adultère, & prostitution?
Pour venger les mépris que je fais de leurs Temples
Je me voy condamnée à fuivre leurs exemples,
Et dans vos dures loix je ne puis éviter,
Ou de leur rendre hommage, ou de les imiter.
Dieu de la pureté, que vos loix font bien autres I
Au lieu de blasphémer, obéïiïez aux noftres,
Et ne redoublez point par vos impiétez
La haine, & le couroux de nos Dieux irritez.
Après nos châtimens ils ont encor leur foudre;
On vous donne de grâce une heure à vous réfoudre,
Vous fçavez voftre Arreft, vous avez à choifir,
Ufez utilement de ce peu de loifir.
Quelles font vos rigueurs, fi vous le nommez grâce,
Et quel chois voulez- vous qu'une Chrétienne fafle,
Réduite à balancer fon esprit agité
Entre l'Idolâtrie, & l'impudicité?
Le chois eft inutile, où les maux font extrêmes,
Reprenez voftre grâce, & choififlez vous-mefmes,
Quiconque peut choifir confent à l'un des deux,
Et le confentement eft feul lafche, & honteux.
Dieu tout juste & tout bon, qui lit dans nos penfées
N'impute point de crime aux actions forcées.
Soit que vous contraigniez pour vos Dieux impuiffants
Mon corps à l'infamie, ou ma main à l'encens,
Je fçauray conferver d'une ame réfoluë,
A l'époux fans macule, une époufe impolluë.