PLACIDE, THEODORE
Quoy, vous chaiïez Paulin, & vous craignez fes yeux, Vous qui ne craignez pas la colère des Cieux?
PLACIDE
Redoublez vos mépris, mais banniflez des craintes Qui portent à mon cœur de plus rudes atteintes;
Ils font encor plus doux que les indignitez,
Qu'imputent vos frayeurs à mes téméritez,
Et ce n'eft pas contr'eux que mon ame s'irrite.
Je fçais qu'ils font justice à mon peu de mérite,
Et lors que vous pouviez jouir de vos dédains,
Si j'ofois les nommer quelquefois inhumains,
Je les justifiois dedans ma conscience,
Et je n'attendois rien, que de ma patience,
Sans que pour ces grandeurs, qui font tant de jaloux,
Je me fois jamais creu moins indigne de vous.
Aufïï ne penfez pas que je vous importune
De payer mon amour, ou de voir ma fortune ;
Je ne demande pas un bien qui leur foit deu,
Mais je viens pour vous rendre un bien presque perdu
Encor le mefme Amant qu'une rigueur fi dure
A toujours veu brufler, & fouffrir fans murmure,
Qui plaint du féxe en vous les respe&s violez,
Voftre libérateur enfin, fi vous voulez.
Pardonnez donc, Seigneur, à la première idée
Qu'a jette dans mon ame une peur mal fondée,
De mille objets d'horreur mon esprit combatu
Auroit tout foupçonné de la mefme vertu.
Dans un péril fi proche, & fi grand pour ma gloire,
Comme je doy tout craindre, auffi je puis tout croire,
Et mon honneur timide, entre tant d'ennemis,
Sur les ordres du père, a mal jugé du fils.
Je voy, grâces au Ciel, par un effet contraire
Que la vertu du fils foûtient celle du père,
Qu'elle r'anime en luy la raifon qui mouroit,