ACTE III, SCENE III
Qu'elle r' appelle en luy l'honneur qui s'égaroit, Et le rétabliffant dans une ame fi belle, Détruit heureufement l'ouvrage de Marcelle. Donc à voftre prière il s'eft laiffé toucher?
PLACIDE
J'aurois touché plûtoft un cœur tout de rocher. Soit crainte, foit amour qui pofféde fon ame, Elle eft toute affervie aux fureurs d'une femme, Je le dis à ma honte, & j'en rougis pour luy, Il eft inexorable, & j'en mourrois d'ennuy, Si nous n'avions l'Egypte où fuir l'ignominie Dont vous veut lafchement combler fa tyrannie. Confentez-y, Madame, & je fuis affez fort, Pour rompre vos prifons, & changer voftre fort. Ou fi voftre pudeur au Peuple abandonnée S'en peut mieux affranchir que par mon Hyménée, S'il eft quelqu'autre voye à vous fauver l'honneur, J'y confens, & renonce à mon plus doux bonheur. Mais fi contre un Arreft à cet honneur funeste, Pour en rompre le coup, ce moyen feul vous reste, Si refufant Placide, il vous faut eftre à tous, Fuyez cette infamie, en fuivant un époux. Suivez-moy dans des lieux, où je feray le maiftre, Où vous ferez fans peur, ce que vous voudrez eftre, Et peut eftre fuivant ce que vous réfoudrez, Je n'y feray bien-toft que ce que vous voudrez. C'eft affez m'expliquer, que rien ne vous retienne, Je vous aime, Madame, & vous aime Chrétienne, Venez me donner lieu d'aimer ma Dignité, Qui fera mon bonheur, & voftre feureté.
N'espérez pas, Seigneur, que mon fort déplorable
Me puifle à voftre amour rendre plus favorable,
Et que d'un fi grand coup mon esprit abatu,
Défère à fes malheurs plus qu'à voftre vertu.
Je l'ay toujours connue, & toujours estimée,
Je l'ay plainte fouvent d'aimer, fans eftre aimée,
Et par tous ces dédains où j'ay fçeu recourir
J'ay voulu vous déplaire, afin de vous guérir.
Loiïez-en le deffein, en apprenant la caufe.
Un obstacle éternel à vos defirs s'oppofe,
Chrétienne, & fous les loix d'un plus puiflant époux...
Mais, Seigneur, à ce mot ne foyez pas jaloux.
Quelque haute fplendeur que vous teniez de Rome,
Il eft plus grand que vous, mais ce n'eft point un homme
C'eft le Dieu des Chrétiens, c'eft le maiftre des Rois,
C'eft luy qui tient ma foy, c'eft luy dont j'ay fait chois
Et c'eft enfin à luy que mes vœux o'nt donnée
Cette virginité, que l'on a condamnée.
Que puis-je donc pour vous, n'ayant rien à donner? Et par où voftre amour fe peut-il couronner, Si pour moy voftre Hymen n'eft qu'un lafche adultère, D'autant plus criminel, qu'il feroit volontaire, Dont le Ciel puniroit les facriléges nœuds, Et que ce Dieu jaloux vengeroit fur tous deux? Non non, en quelque état que le Sort m'ait réduite, Ne me parlez, Seigneur, ny d'Hymen, ny de fuite. C'eft changer d'infamie, & non pas l'éviter, Loin de m'en garantir, c'eft m'y précipiter : Mais pour braver Marcelle, & m'affranchir de honte,