‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 251 sur 277 · ACTE IV, SC UNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SC UNE III

Pour voir trahir des vœux, qu'elle a feint d'exaucer,

Et pour en recevoir avec tant d'infolence

De tant de lafeheté la digne récompenfe !

Mon cœur avoit déjà preflenty ce malheur.

Mais achève, Paulin, d'irriter ma douleur,

Et fans m'entretenir des crimes de Marcelle,

Dy-moy qui je me dois immoler après elle,

Et fur quels infolcns après fon châtiment

Doit choir le reste affreux de mon reffentiment.

Armez-vous donc, Seigneur, d'un peu de patience, Et forcez vos transports à me prêter filence, Tandis que le récit d'une juste rigueur, Peut eftre à chaque mot, vous percera le cœur.

Je ne vous diray point avec quelle tristeffe A ce honteux fupplice a marché la Princeffe, Forcé de la conduire en ces infâmes lieux, De honte, & de dépit, j'en détournois les yeux, Et pour la confoler ne fçachant que luy dire, Je maudiffois tout bas les loix de noftre Empire, Et vous étiez le Dieu que dans mes déplaifirs En fecret pour les rompre, invoquoient mes foufpirs.

Ah, pour gagner ce temps on charmoit mon courage, D'une fauffe promeffe, & puis d'un faux meiTage, Et j'ay creu dans ces cœurs de la fincéritél Ne fay plus de reproche à ma crédulité, Et pourfuy.

Dans ces lieux à peine on l'a traifnée, Qu'on a veu des foldats la troupe mutinée ; Tous courent à la proye avec avidité, Tous montrent à l'envy mefme brutalité.

Je croyois déjà voir de cette ardeur égale Naiftre quelque discorde à ces Tygres fatale, Quand Didyme...

PLACIDE

Ah, le lafche 1 ah, le traiftre 1

PAULIN

Ecoutez Ce traiftre a réûny toutes leurs volontez, Le front plein d'impudence, & l'œil armé d'audace, Compagnons, a-t'il dit, on me doit une grâce, Depuis plus de dix ans je fouffre les mépris Du plus ingrat objet dont on puijfe eftrè épris, Ce n'eft pas de mes feux que je veux rècompenje, Mais de tant de rigueurs la première vengeance: Apres, vous punirez a l°ifir fes dédains. Il leur jette de l'or en fuite à pleines-mains, Et lors, foit par respect qu'on euft pour fa naiffance, Soit qu'ils euffent marché fous fon obéïffance, Soit que fon or pour luy fift un fi prompt effort, Ces cœurs en fa faveur tombent foudain d'accord, Il entre fans obstacle.

PLACIDE

Il y mourra, l'infâme,

Page 1