‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 261 sur 277 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Empefcher que ma joye à mon heur ne réponde, Et m'arracher encor un regard vers le Monde? Ainfi donc Théodore eft cruelle à mon fort Jusqu'à perfécuter &: ma vie & ma mort, Dans fa haine & fa flame également à craindre, Et moy dans l'une & l'autre également à plaindre!

CLEOBULE.

Ne te figure point d'impoffibilité

Où tu fais, fi tu veux, trop de facilité,

Où tu n'as qu'à te faire un moment de contrainte.

Donne à ton Dieu ton cœur, aux noftres quelque feinte Un peu d'encens offert aux pieds de leurs Autels Peut égaler ton fort au fort des Immortels.

Et pour cela vers moy Théodore t'envoye? Son esprit adoucy me veut par cette voye?

CLEOBULE.

Non, elle ignore encor que tu fois arrêté, Mais ofe en fa faveur te mettre en liberté, Ofe te dérober aux fureurs de Marcelle, Et Placide t'enlève en Egypte avec elle, Où fon cœur généreux te laiffe entre fes bras Eftre avec feureté tout ce que tu voudras.

Va, dangereux amy que l'Enfer me fuscite, Ton damnable artifice en vain me follicite, Mon cœur inébranlable aux plus cruels tournions. A presque été furpris de tes chatouillement.

Leur mollette a plus fait que le fer ny la flame, Elle a frapé mes fens, elle a brouillé mon ame, Ma raifon s'eft troublée & mon foible a paru, Mais j'ay dépouillé l'homme, & Dieu m'a fecouru.

Va revoir ta parente, & dy-luy qu'elle quitte Ce foin de me payer par-de-là mon mérite, Je n'ay rien fait pour elle, elle ne me doit rien, Ce qu'elle juge amour n'eft qu'ardeur de Chrétien, C'eft la connoiftre mal que de la reconnoiftre, Je n'en veux point de prix que du fouverain Maiftre, Et comme c'eft luy feul que j'ay confidéré, C'eft luy feul dont j'attens ce qu'il m'a préparé.

Si pourtant elle croit me devoir quelque chofe, Et peut avant ma mort fouffrir que j'en dispofe, Qu'elle paye à Placide, & tafche à conferver Des jours que par les miens je luy viens de fauver, Qu'elle fuye avec luy, c'eft tout ce que veut d'elle Le fouvenir mourant d'une flame fi belle. Mais elle-mefme vient, hélas, à quel deffein?

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