‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 49 sur 277 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CORNELIE, CLEOPATRE, ACHOREE, PHILIPPE, CHARMION.

CLEOPATRE

Hélas ! fur fon vifage Rien ne s'offre à mes yeux que de mauvais préfage,

Ne nous déguifez rien, parlez fans me flater, Qu'ay-je à craindre, Achorée, ou qu'ay-je à regretter?

ACHOREE.

Aufïi-toft que Céfar eut fçeu la perfidie...

CLEOPATRE

Ce ne font pas fes foins que je veux qu'on me die.

Je fçay qu'il fit trancher & clorre ce Conduit

Par où ce grand fecours devoit eftre introduit,

Qu'il manda tous les fiens pour s'affeurer la Place

Où Photin a reçeu le prix de fon audace,

Que d'un fi prompt fupplice Achillas étonné

S'eft aifément faifi du Port abandonné,

Que le Roy l'a fuivy, qu'Antoine a mis à terre

Ce qui dans fes vaiffeaux restoit de gens de guerre,

Que Céfar l'a rejoint, & je ne doute pas

Qu'il n'ait fçeu vaincre encor, & punir Achillas.

ACHOREE.

Ouy, Madame, on a veu fon bonheur ordinaire...

CLEOPATRE

Dites-moy feulement s'il a fauve mon frère, S'il m'a tenu promeffe.

ACHOREE.

Ouy, de tout fon pouvoir.

CLEOPATRE

C'eft là l'unique point que je voulois fçavoir. Madame, vous voyez, les Dieux m'ont écoutée.

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