ACTE I, SCENE I. IO
C'eft un fecret d'amour &: bien grand & bien rare, Mais il faut de l'adreffe à le bien débiter, Autrement on s'y perd au lieu d'en profiter. Tel donne à pleines mains qui n'oblige perfonne, La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne L'un perd exprès au jeu fon prefent déguifé, L'autre oublie un bijou qu'on aurcit refufé : Un lourdaut libéral auprès d'une Maîtreffe Semble donner l'aumofne alors qu'il fait largefle, Et d'un tel contretemps il fait tout ce qu'il fait, Que quand il tafche à plaire, il offence en effet.
DORANTE
Laiflbns là ces lourdauts contre qui tu déclames, Et me dy feulement fi tu connois ces Dames.
CLITOX.
Non, cette marchandife eft de trop bon aloy, Ce n'eft point là gibier à des gens comme moy. Il eft aifé pourtant d'en fçavoir des Nouvelles, Et bien-toft leur Cocher m'en dira des plus belles.
D ORANTE
Penfes-tu qu'il t'en die?
CLITOX.
Allez pour en mourir, Puisque c'eft un Cocher, il aime à discourir.