GERON'TE
Dorante, arrêtons-nous, le trop de promenade Me mettroit hors d'haleine, & me feroit malade. Que l'ordre eft rare & beau de ces grands baftimens
DORAXTE.
Paris femble à mas yeux un pais de Romans,
J'y croyois ce matin voir une Ille enchantée;
Je la laiffay deferte, & la trouve habitée.
Quelque Amphion nouveau, fans l'aide des maçons,
En fuperbes Palais a changé fcs huilions.
GERONTE.
Paris voit tous les jours de ces Métamorphofes.
Dans tout le pré-aux-Clercs tu verras mefmes chofes.
Et l'Univers entier ne peut rien voir d'égal
Aux fuperbes dehors du Palais Cardinal.
Toute une ville entière avec Pompe baftie
Semble d'un vieux foffé par miracle fortie,
Et nous fait prefumer à fes fuperbes toits
Que tous fes habitans font des Dieux, ou des Rois.
Mais changeons de discours. Tu fçais combien je t'aime
Je chéris cet honneur bien plus que Je jour mefrne.
GERONTE.
Comme de mon Hymen il n'eft forty que toy, Et que je te voy prendre un périlleux employ, Où l'ardeur pour la gloire à tout ofer convie, Et force à tous momens de négliger la vie ; Avant qu'aucun malheur te puiffe eftre avenu, Pour te faire marcher un peu plus retenu, Je te veux marier.
DORANTE
O ma chère Lucrèce !
GERONTE.
Je t'ay voulu choifir moy-mefme une Maîtreffe, Honnefte, belle, riche.