‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 82 sur 277 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Avec mon pistolet le cordon s'embaraffe,

Fait marcher le déclin, le feu prend, le coup part ;

Jugez de noftre trouble à ce triste hazard.

Elle tombe par terre, & moy je la crûs morte,

Le père épouvanté gagne auffi-toft la porte,

Il appelle au fecours, il crie à l'anaffin,

Son fils, & deux valets me coupent le chemin :

Furieux de ma perte, & combatant de rage

Au milieu de tous trois je me faifois paffage,

Quand un autre malheur de nouveau me perdit,

Mon épée en ma main en trois morceaux rompit.

Defarmé je recule, & rentre, alors Orphife

De fa frayeur première aucunement remife

Sçait prendre un temps fi juste en fon reste d'effrov

Qu'elle pouffe la porte, & s'enferme avec moy.

Soudain nous entaffons pour défences nouvelles

Bancs, tables, coffres, lits, & jusqu'aux escabelles,

Nous nous barricadons, & dans ce premier feu

Nous croyons gagner tout à différer un peu.

Mais comme à ce rempart l'un & l'autre travaille,

D'une chambre voifine on perce la muraille :

Alors me voyant pris il fallut compofer.

Icy Clarice les voit de fa feneftre, & Lucrèce, avec Ifabelle les voit aujfi de la fienne.

C'eft à dire en François qu'il fallut l'épouser ?

DORANTE

Les fiens m'avoient trouvé de nuit, feul, avec elle, iv. 19

Ils étoient les plus forts, elle me fembloit belle, Le fcandale étoit grand, fon honneur fe perdoit, A ne le faire pas ma tefte en répondoit, Ses grands efforts pour moy, fon péril, & fes larmes, A mon cœur amoureux étoient de nouveaux charmes. Donc pour fauver ma vie ainfi que fon honneur, Et me mettre avec elle au comble du bonheur, Je changeay d'un feul mot la tempefte en bonace, Et fis ce que tout autre auroit fait en ma place. Choififfez maintenant de me voir, ou mourir, Ou pofféder un bien qu'on ne peut trop chérir.

GERONTE.

Non, non, je ne fuis pas fi mauvais que tu penfes, Et trouve en ton malheur de telles circonstances 0 ue mon amour t'excufe, & mon esprit touché Te blafme feulement de l'avoir trop caché.

DORANTE

Le peu de bien qu'elle a me faifoit vous le taire.

GERONTE.

Je prens peu garde au bien, afin d'eftre bon père. Elle eft belle, elle eft fage, elle fort de bon lieu, Tu l'aimes, elle t'aime, il me fuffit. Adieu. Je vay me dégager du père de Clarice.

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