ACTE II, SCENE V. I
Vous ferez tout caffer par voftre authorité, Mais nous fufmes tous deux forcez à l'Hyménée Par la fatalité la plus inopinée...
Ah, fi vous le fçaviez.
GERONTE.
Dy, ne me cache rien.
DORANTE
Elle eft de fort bon lieu, mon père, & pour fon bien, S'il n'eft du tout fi grand que voftre humeur fouhaite.
GERONTE.
Sçachons à cela près, puisque c'eft chofe faite. Elle fe nomme?
Orphife, & fon père, Armédon.
GERONTE.
Je n'ay jamais oiiy ny l'un ny l'autre nom. Mais pourfuy.
DORANTE
Je la vy presque à mon arrivée, Une ame de rocher ne s'en fuft pas fauvée, Tant elle avoit d'appas, & tant fon œil vainqueur Par une douce force affujettit mon cœur. Je cherchay donc chez elle à faire connoiffance, Et les foins obligeants de ma perfévérance
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Sçeurent plaire de forte à cet objet charmant,
Que j'en fus en fix mois autant aimé qu'Amant.
J'en reçeus des faveurs fecrettes, mais honneftes,
Et j'étendis fi loin mes petites conqueftes,
Qu'en fon quartier fouvent je me coulois fans bruit,
Pour caufer avec elle une part de la nuit.
Un foir que je venois de monter dans fa chambre,
(Ce fut, s'il m'en fouvient, le fécond de Septembre,
Ouy, ce fut ce jour-là que je fus atrapé)
Ce foir mefme fon père en ville avoit foupé,
Il monte à fon retour, il frape à la porte, elle,
Tranfit, paflit, rougit, me cache en fa ruelle,
Ouvre enfin, & d'abord, (qu'elle eut d'esprit & d'art!)
Elle fe jette au cou de ce pauvre vieillard,
Defrobe en l'embraffant fon defordre à fa veuë ;
Il fe fied, il luy dit qu'il veut la voir pourveuë,
Luy propofe un party qu'on luy venoit d'offrir :
Jugez combien mon cœur avoit lors à fouffrir.
Par fa réponfe adroite elle fçeut fi bien faire,
Que fans m'inquiéter elle plût à fon père.
Ce discours ennuyeux enfin fe termina,
Le bon-homme partoit, quand ma Montre fonna,
Et luy fe retournant vers fa fille étonnée,
Depuis quand cette Montre? & qui vous Va donnée?
Acastc mon coufin me la vient d'envoyer,
Dit-elle, & veut icy la faire nettoyer,
X' ayant point d'borlogiers au lieu de fa demeure,
Elle a déjà fonnè deux fois en un quart d'heure,
Donne^-la-moy, dit-il, j'en prendray mieux le foin.
Alors pour me la prendre elle vient en mon coin,
Je la luy donne en main, mais voyez ma disgrâce: