‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 88 sur 277 · SCENE IL ALCIPPE, PHILISTE · texte numérisé non relu

SCENE IL ALCIPPE, PHILISTE

Ce cœur encor foufpire!

ALCIPPE

Hélas! je fors d'un mal pour tomber dans un pire.

Cette collation, qui l'aura pu donner?

A qui puis-je m'en prendre, & que m'imaginer ?

PHILISTE

Que l'ardeur de Clarice eft égale à vos fiâmes. Cette galanterie étoit pour d'autres Dames. L'erreur de voftre Page a caufé voftre ennuy, S'étant trompé luy-mefme, il vous trompe après luy.

J'ay tout fçeu de luy-mefme & des gens de Lucrèce.

Il avoit veu chez elle entrer voftre Maîtreffe, Mais il n'avoit pas veu qu'Hyppolite & Daphné Ce jour-là par hazard chez elle avoient difné. Il les en voit fortir mais à coiffe abatuë, Et fans les approcher il fuit de rue en rue ; Aux couleurs, au caroffe, il ne doute de rien, Tout étoit à Lucrèce, & le dupe fi bien, due prenant ces beautez pour Lucrèce & Clarice Il rend à voftre amour un très-mauvais fervice. Il les voit donc aller jusques au bord de l'eau, Descendre de caroffe, entrer dans un bateau, Il voit porter des plats, entend quelque Mufique, (A ce que l'on m'a dit, affez mélancolique) Mais ceffez d'en avoir l'esprit inquiété, Car enfin le caroffe avoit été prêté, L'avis fe trouve faux, & ces deux autres belles Avoient en plein repos paffé la nuit chez elles.

Quel malheur eft le mien! Ainfi donc fans fujet J'ay fait ce grand vacarme à ce charmant objet?

Je feray voftre paix, mais fçachez autre chofe. Celuy qui de ce trouble eft la féconde caufe, Dorante, qui tantoft nous en a tant conté De fon festin fuperbe & fur l'heure aprefté, Luy qui depuis un mois nous cachant fa venue La nuit incognito vifite une inconnue,

Page 1