‹ Théâtre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 89 sur 277 · ACTE III, SCENE II. I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II. I

Il vint hier de Poitiers, & fans faire aucun bruit, Chez luy paifiblement a dormy toute nuit.

ALCIPPE

Quoy, fa collation...

PHILISTE

N'eft rien qu'un pur menfonge, Ou quand il l'a donnée, il l'a donnée en fonge.

ALCIPPË.

Dorante en ce combat fi peu prémédité

M'a fait voir trop de cœur pour tant de lafcheté.

La valeur n'apprend point la fourbe en fon école,

Tout homme de courage eft homme de parole,

A des vices fi bas il ne peut confentir,

Et fuit plus que la mort la honte de mentir.

Cela n'eft point.

PHILISTE

Dorante, à ce que je prefume, Eft vaillant par Nature, & menteur par coutume. Ayez fur ce fujet moins d'incrédulité, Et vous-mefme admirez noftre (implicite.

A nous laifter duper nous fommes bien novices. Une collation fervie à fix fervices, Quatre concerts entiers, tant de plats, tant de feux, Tout cela cependant preft en une heure ou deux, Comme fi l'appareil d'une telle cuifine Fuft descendu du Ciel dedans quelque machine; Quiconque le peut croire ainfi que vous & moy, S'il a manque de fens, n'a pas manque de foy,

Pour moy, je voyois bien que tout ce badinage Répondoit afïez mal aux remarques du Page, Mais vous ?

La jalouûe aveugle un cœur atteint, Et fans examiner croit tout ce qu'elle craint. Mais laiflbns-là Dorante avecque fon audace, Allons trouver Clarice, & luy demander grâce, Elle pouvoit tantoft m'entendre fans rougir.

PHILISTE

Attendez à demain, & me laiflez agir,

Je veux par ce récit vous préparer k voye,

Diffiper fa colère, & luy rendre fa joye,

Ne vous expofez point, pour gagner un moment,

Aux premières chaleurs de fon reffentiment.

ALCIPPE

Si du jour qui s'enfuit la lumière eft fidelle, Je penfe l'entrevoir avec fon Ifabelle.

Je fuivray tes confeils, & fuiray fon couroux, Jusqu'à ce qu'elle ait ry de m'avoir veu jaloux.

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