‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 104 sur 254 · CTE III, SCENE V. 24I · texte numérisé non relu

CTE III, SCENE V. 24I

Et laiffez voftre fang hors de comparaifon.

C'eft crime qu'oppofer des liens volontaires

A ceux que la naiffance a rendus néceffaires.

Si donc le Ciel s'obstine à nous perfécuter,

Seule j'ay tout à craindre, & rien à fouhaiter,

Mais pour vous, le devoir vous donne dans vos plaintes

Où porter vos fouhaits, & terminer vos craintes.

CAMILLE

Je le voy bien, ma fœur, vous n'aimaftes jamais, Vous ne connoiffez point, ny l'Amour, ny l'es traits. On peut luy refister quand il commence à naiftre, Mais non pas le bannir, quand il s'eft rendu maiftre, Et que l'aveu d'un père engageant noftre foy, A fait de ce Tyran un légitime Roy.

Il entre avec douceur, mais il règne par force, Et quand l'ame une fois a goufté ion amorce, Vouloir ne plus aimer c'eft ce qu'elle ne peut, Puisqu'elle ne peut plus vouloir que ce qu'il veut, Ses chaifnes font pour nous auffi fortes que belles.

Page 1