‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 105 sur 254 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Le vieil HORACE, SABINE, CAMILLE.

Le vieil ho race.

Je viens vous apporter de fafcheufes Nouvelles, Mes filles, mais en vain je voudrois vous celer

Ce qu'on ne vous fçauroit long-temps diffimuler. Vos frères font aux mains, les Dieux ainfi l'ordonnent.

Je veux bien l'avouer, ces Nouvelles m'étonnent, Et je m'imaginois dans la Divinité Beaucoup moins d'injustice, & bien plus de bonté. Ne nous confolez point contre tant d'infortune, La pitié parle en vain, la raifon importune, Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs, Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs. Nous pourrions aifément faire en voftre prefence De noftre defespoir une fauffe constance, Mais quand on peut fans honte eftre fans fermeté, L'affeder au dehors c'eft une lafcheté : L'ufage d'un tel art nous le laiffons aux hommes, Et ne voulons paffer que pour ce que nous fommes. Nous ne demandons point qu'un courage û fort S'abaifle à noftre exemple à fe plaindre du Sort; Recevez fans frémir ces mortelles alarmes, Voyez couler nos pleurs fans y méfier vos larmes, Enfin pour toute grâce en de tels déplaifirs, Gardez voftre constance, & fouffrez nos foufpirs.

Le vieil horace.

Loin de blafmer les pleurs que je vous voy répandre, Je croy faire beaucoup de m'en pouvoir défendre, Et céderois peut-eftre à de fi rudes coups, Si je prenois icy mefme intéreft que vous. Non qu'Albe par fon chois m'ait fait haïr vos frères, Tous trois me font encor des perfonnes bien chères,

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