‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 11 sur 254 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

D. DIÊGUE.

Ne parlons plus d'un chois dont voftre esprit s'irrite, La faveur l'a pu faire autant que le mérite, Mais on doit ce respect au pouvoir abfolu, De n'examiner rien, quand un Roy l'a voulu. A l'honneur qu'il m'a fait ajoûtez-en un autre, Joignons d'un facré nœud ma maifon à la voftre : Vous n'avez qu'une fille, & moy je n'ay qu'un fils, Leur Hymen nous peut rendre à jamais plus qu'amis, Faites-nous cette grâce & l'acceptez pour gendre.

LE COMTÉ

A des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre,

Et le nouvel éclat de voftre Dignité

Luy doit enfler le cœur d'une autre vanité.

Exercez-la, Moniteur, & gouvernez le Prince, Montrez-luy comme il faut régir une Province, Faire trembler par tout les Peuples fous la loy , Remplir les bons d'amour, & les méchants d'effroy, Joignez à ces vertus celles d'un Capitaine, Montrez-luy comme il faut s'endurcir à la peine, Dans le métier de Mars fe rendre fans égal, Paffer les jours entiers & les nuits à cheval, Repofer tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu'à foy le gain d'une bataille. Instruifez-le d'exemple, & rendez-le parfait, Expliquant à fes yeux vos leçons par l'effet.

Pour s'instruire d'exemple en dépit de l'envie, Il lira feulement l'histoire de ma vie.

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Là dans un long tifïu de belles a&ions Il verra comme il faut dompter des nations, Attaquer une Place, ordonner une Armée, Et fur de grands exploits baftir fa Renommée.

LE COMTE

Les exemples vivants font d'un autre pouvoir, Un Prince dans un livre apprend mal fon devoir. Et qu'a fait après tout ce grand nombre d'années, Que ne puiffe égaler une de mes journées? Si vous fuftes vaillant, je le fuis aujourd'huy, Et ce bras du Royaume eft le plus ferme appuy. Grenade & l' Arragon tremblent quand ce fer brille, Mon nom fert de rempart à toute la Castille, Sans moy vous parleriez bien-toft fous d'autres loix, Et vous auriez bien-toft vos ennemis pour Rois. Chaque jour, chaque instant, pour rehauffer ma gloire, Met lauriers fur lauriers, vi&oire fur vidoire : Le Prince à mes coftez feroit dans les combats L'effay de fon courage à l'ombre de mon bras ; Il apprendroit à vaincre en me regardant faire, Et pour répondre en hafte à fon grand caraftére, Il verroit...

Je le fçay, vous fervez bien le Roy, Je vous ay veu combatre & commander fous moy : Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler fa glace, Voftre rare valeur a bien remply ma place; Enfin, pour épargner les discours fuDerflus, Vous êtes aujourd'huy ce qu'autrefois je fus.

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