ACTE I, SCENE III. IO
Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence
Un Monarque entre nous met quelque différence.
LE COMTE
Ce que je méritois, vous l'avez emporté.
D. DIEGUE
Qui l'a gagné fur vous l'avoit mieux mérité.
LE COMTE
Qui peut mieux l'exercer en eft bien le plus digne.
D. DIEGUE
En eftre refufé n'en eft pas un bon figne.
LE COMTE
Vous l'avez eu par brigue étant vieux Courtifan.
D. DIEGUE
L'éclat de mes hauts faits fut mon feul partifan.
LE COMTE
Parlons-en mieux, le Roy fait honneur à voftre âge.
Le Roy, quand il en fait, le mefure au courage.
LE COMTE
Et par là cet honneur n'étoit dû qu'à mon bras.
no
D. DIEGUE
Qui n'a pu l'obtenir ne le méritoit pas.
LE COMTE
Ne le méritoit pas 1 moy ?
D. DIEGUE
Vous.
LE COMTE
Ton impudence, Téméraire vieillard, aura fa récompenfe.
Il luy donne un foufflet.
d. diegue mettant l'êpée à la main.
Achève, & pren ma vie après un tel affront,
Le premier dont ma race ait veu rougir fon front.
le comte.
Et que penfes-tu faire avec tant de foibleffe?
D. DIEGUE
O Dieu ! ma force ufée en ce befoin me laiffe !
LE COMTE
Ton épée eft à moy, mais tu ferois trop vain, Si ce honteux trophée avoit chargé ma main.
Adieu, fay lire au Prince, en dépit de l'Envie, Pour fon instruction l'histoire de ta vie. D1un infolent discours ce juste châtiment Ne luy fervira pas d'un petit ornement.